Catégorie : PERSONNAGES

Personnalités

Personnalités

Une personnalité selon le dictionnaire c’est une « Personne qui s’impose par son influence ou qui fait autorité dans un domaine précis »

ou bien

 un « Caractère original qui différencie une personne des autres; aspect sous lequel on la considère. Affirmer sa personnalité; avoir une forte personnalité; manquer de personnalité« 

 

 Patrick Boutot dit Patrick Sébastien

 

Né à Juillac en 1953, l’animateur Patrick Boutot, plus connu sous le pseudonyme de Patrick Sébastien, a été un joueur du club vedette de rugby de la basse-Corrèze, le C.A. Brive.

On trouve son nom dans les compositions de l’équipe de nationale B en 1972, puis en 1973; il fera une (seule) apparition en équipe première durant la saison 1973-1974. Toujours en 1973, il participera à la tournée que le club entreprend en Afrique du Sud et où il jouera un match en troisième ligne.

Il en a gardé une passion certaine pour ce sport. Les joueurs de son époque seront d’ailleurs invités dans une de ses émissions télévisées où il les présentera un à un devant la caméra.

Et il deviendra le président du club dans les années 1995-2000. Cette période connaîtra son apothéose en 1997 lors de la finale de coupe d’Europe, gagnée 28 à 9 contre Leicester alors que le club n’a jamais été champion de France. L’équipe sera encore finaliste de cette même coupe d’Europe l’année suivante contre Bath et sera battue seulement d’un petit point, 19 à 18.

 Cédric Villani

La Montagne en parle fort bien dans un article d’Éric Porte daté du 17 mai 2011 :

« Consacré au niveau mondial par la médaille Fields 2010, Cédric Villani, originaire de Brive, est revenu dans sa ville natale, mardi 17 mai, évoquer sa passion pour les mathématiques devant des lycéens et des enseignants

On peut être lauréat de la médaille Fields 2010, l’équivalent du prix Nobel de mathématiques, et rester humble. Après avoir résumé ses travaux devant un public de lycéens et d’enseignants, lundi 17 mai à la CCI, Cédric Villani a confié que «c’est juste une gouttelette dans l’océan de ce que l’on aimerait savoir».

Invité par le proviseur du lycée d’Arsonval, Cédric Villani a dit, photos de lui tout petit à l’appui, son plaisir de revenir sur sa terre natale. Un hasard, lié aux mutations professionnelles de ses parents, enseignants ; de la Corrèze, il garde l’image d’un «vert paradis», qu’il a dû quitter à l’âge de sept ans.

Il n’en dira pas plus, pour aborder rapidement sa passion pour les mathématiques et «leur caractère abstrait qui peut s’appliquer à l’échelle d’un neutron ou d’une galaxie. C’est leur magie».

Oui, la discipline est abstraite et préfère la logique à l’expérimentation. Mais elle décrit aussi notre monde : «Le petit théorème de Fermat, qui date de 1640, est aujourd’hui au cœur des codages et algorithmes qui font fonctionner nos cartes bancaires».

Son truc à lui, ce sont «les équations aux dérivées partielles». Ne comptez pas sur moi pour vous en dire davantage… Cédric Villani a travaillé dessus pendant dix ans pour finalement découvrir «une preuve mathématique qui a mis fin à 50 ans de controverse». La ténacité, c’est indéniablement une qualité fondamentale pour un chercheur en mathématiques, tout comme «la créativité et la rigueur».

Cédric Villani a interpellé son auditoire en évoquant «l’esthétique» de sa discipline : «C’est une combinaison harmonieuse de différentes parties, comme peuvent l’être les chapitres d’un roman ».

Des limites ? Ce sont celles imposées par notre cerveau, ou plutôt parce qu’on «n’est pas assez malin. Personne ne sait expliquer, d’un point de vue mathématique, pourquoi l’eau bout». Encore une chose qui rend humble.« 

Pour apprécier à sa juste valeur le quotidien de Cédric Villani, rien ne vaut la lecture d’un passage de son livre Théorème vivant publié en 2012 au sujet de l’équation de Boltzmann :

« Supposons que les conditions rasantes sont bien présentes, d’accord ? Un modèle sans cut-off. Alors l’équation se comporte comme une diffusion fractionnaire, dégénérée bien sûr, mais quand même une diffusion, et dès qu’on a des bornes sur la densité et la température, on peut se lancer dans un schéma itératif à la Moser, adapté pour tenir compte de la non-localité. »

Ça demande bien une deuxième lecture au minimum, pour comprendre de quoi il retourne !

 Gabrielle Chanel dite Coco Chanel

Née en 1883, Gabrielle Chanel a été pensionnaire à l’abbaye d’Aubazine de 1895 à 1901; un séjour qui l’aurait profondément influencée selon la biographie d’Edmonde Charles-Roux.

En 1895, Jeanne Devolle meurt à Brive des suites de complications bronchiques causées par l’asthme à seulement 33 ans.

Sa seconde fille, Gabrielle, ainsi que ses frères et sœurs se retrouvent orphelins.

Son père, Albert Chanel, plus préoccupé par son métier de commerçant itinérant que par ses enfants, fait placer – on pourrait même dire abandonne – ses filles dans un orphelinat, à l’abbaye d’Aubazine.

La future Coco Chanel qui n’a alors que 12 ans, passera là 6 années de sa vie avec ses sœurs Julia et Antoinette.

Les sorties sont rares et pendant les vacances, les pensionnaires sont envoyées à Spontour, une école ménagère tenue par des sœurs de Mauriac

Tout au long de ces années de pensionnat, elle va apprendre la couture, la religiosité, la discipline.

À l’évidence, ces années passées dans cet orphelinat exigeant vont l’influencer durablement et certains, comme Edmonde Charles-Roux qui a écrit une biographie de Coco Chanel, affirment en retrouver la trace dans plusieurs de ses créations :

– la sobriété des lieux, la pierre, le blanc et le noir comme seules couleurs, le dépouillement des lieux auraient largement influencé Coco Chanel dans le dessin de ses créations.

   

– la forme du logo de la marque – deux C entrelacés – serait inspiré, du moins pour ce qui est de la forme, des vitraux de l’abbaye d’Aubazine;

– même chose pour le dessin du chiffre 5 de son célèbre parfum, qui recopierait ce qu’elle a pu voir de près, dessiné dans le pisé des couloirs des dortoirs de l’orphelinat d’Aubazine.

Gabrielle Chanel a été d‘une discrétion à toute épreuve sur ses années d’orphelinat. Sans doute gardait-elle un ressentiment profond de son séjour en ces lieux et ce qui l’y avait conduit, c’est à dire son abandon par son propre père.

Toujours est-il que deux décennies plus tard, elle aura atteint les sommets de la notoriété en imposant son style, qui derrière une apparente simplicité, propose une nouvelle image de la femme et de la mode féminine, plus androgyne, plus pratique, plus chic. Elle sera l’emblème de la haute couture Française pendant près de 40 ans, entre 1920 et 1960. Succès juste éclipsé un temps après guerre, en raison des liens qu’elle aurait noués avec l’occupant nazi.

Ouvrages consultés :

Coco Chanel d’Henry Gidel éditions Flammarion 2000

L’irrégulière Edmonde Charles-Roux 1974

 

 Henry de Jouvenel

(de son vrai nom Jouvenel des Ursins, famille originaire de Champagne)

Après avoir débuté comme chef de cabinet dans deux ministères, il se tourne vers le journalisme et devient rédacteur en chef au quotidien Le Matin en 1906, avant de faire une carrière politique d’envergure. Le Matin est alors un quotidien à grand tirage, l’un des plus importants en France.

Il a déjà deux fils quand il rencontre en 1912, l’écrivain Colette qui collabore au quotidien. Elle séduit celui qu’elle surnomme Sidi et bientôt s’installe en Corrèze à Castel Novel, dans le château des Jouvenel à Varetz.

Leur fille, prénommée Colette, surnommée Bel Gazou, naît le 3 juillet 1913 ,

Pendant la guerre, Henry de Jouvenel est mobilisé dans l’infanterie puis assure une mission diplomatique à Rome.

Après la guerre, Henry de Jouvenel commença une carrière politique comme son grand-père Léon qui avant lui avait été député de la Corrèze à deux reprises. Sénateur de la Corrèze de 1921 à 1933, ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts en mars 1924 et enfin haut-commissaire de la République française en Syrie et au Liban. Il prit part à la réorganisation de ce pays qui conduisit à la proclamation de la république du Liban.

Dans l’intervalle, en 1923, Colette se sépara de lui (après avoir entretenu une liaison avec son fils Bertrand de Jouvenel, issu de son premier mariage… 🙃)

Ce proche d’Aristide Briand milita pour la paix.

En 1932 et 1933, il sera ambassadeur de France en Italie où il renouera en quelques mois des relations amicales avec le régime de Mussolini. Il sera ensuite nommé ministre de la France d’Outre-mer, en 1934, et assurera plusieurs fois la fonction de délégué de la France à la Société des Nations.

C’est aussi, on l’a oublié, un grand promoteur du tourisme en Corrèze : il présidera jusqu’à sa mort la Fédération des syndicats d’initiative du Limousin du Quercy de la Marche et du Périgord et rédigera de nombreux articles pour les guides. Le voyage qu’il organise pour Poincaré à travers la Corrèze a de gros retentissements pour la région.

Il parle souvent de la Corrèze et avec éloquence. Le 25 août 1935, il inaugure la table d’orientation des Monédières au Suc au May : « Nous sommes venus ici, respirer en ces lieux, l’air pur de la liberté ». Amoureux des traditions de la Corrèze (il aimait particulièrement Collonges-la-Rouge), Henry de Jouvenel en est le promoteur et l’ambassadeur auprès des Parisiens et des étrangers.

Sources : https://www.landrucimetieres.fr/spip/spip.php?article4152

 Colette

Ses épisodes corréziens sont évoqués ici et

 Jean Ségurel

Célèbre musicien accordéoniste, né à Chaumeil en 1908, décédé en 1978. Auteur entre autres, du célébrissime titre « Bruyères corréziennes« , un hit assez énorme. Il est aussi connu pour avoir crée en 1952 la course cycliste, le Bol d’Or des Monédières, qui connut des vainqueurs prestigieux : Fausto Coppi, Geminiani, Anquetil, Poulidor, Fignon, Virenque, Jalabert, etc

   

Lina Margy (de son nom Marguerite Verdier) née aussi en Corrèze, à Bort les Orgues, fut une chanteuse connue. Son plus grand succès fut Le petit vin blanc mais aussi, on le sait moins, elle interpréta Voulez-vous danser grand-mère que l’on attribue plus volontiers à Chantal Goya.

 

 Éric Rohmer

Jean Marie Maurice Schérer, dit Éric Rohmer, né à Tulle en 1920 (décédé en 2010). Ancien élève du lycée Edmond Perrier.

Après avoir débuté en tant qu’enseignant (professeur de lettres), Eric Rohmer va se diriger vers le cinéma; il sera directeur de La Gazette du cinéma en 1950 et fera la connaissance de Godard, Truffaut et Chabrol. Ce groupe de futurs réalisateurs intègre rapidement les Cahiers du cinéma, dont Rohmer sera rédacteur en chef de 1957 à 1963.
Il réalise son premier long métrage en 1959.

En 1962, il entame un cycle baptisé Contes moraux. On trouve dans ces intrigues sentimentales les thèmes favoris du cinéaste (la tentation de l’infidélité, le destin) ainsi que le style qui fera sa marque, entre légèreté et sophistication, dialogues littéraires et mise en scène épurée. Ma nuit chez Maud (1969), et Le Genou de Claire (1970, Prix Louis-Delluc) sont particulièrement remarqués.

 Le cinéaste indique avoir choisi le pseudo d’Éric Rohmer parce qu’il lui plaisait bien, pour sa sonorité (Cf Wikipedia)

La médiathèque de Tulle porte son nom.

https://www.lamontagne.fr/paris-75000/loisirs/il-y-a-50-ans-rohmer-tournait-ma-nuit-chez-maud-dans-la-region-de-clermont-ferrand_13089878/

https://www.lamontagne.fr/tulle-19000/loisirs/une-annee-eric-rohmer-a-tulle-sa-ville-natale-pour-le-centenaire-de-sa-naissance_13720195/

 Anny Duperey, Nivelle et d’autres …

L’actrice Anny Duperey demeure fréquemment en Creuse et a noué des liens étroits avec la commune de St-Hilaire-Luc près de Neuvic) – voir sur le site de la commune, son éloge de cette commune et de ses habitants :

http://www.sainthilaireluc.fr/

https://www.lamontagne.fr/neuvic-19160/loisirs/dans-le-bourg-de-saint-hilaire-luc-un-espace-culturel-a-ete-inaugure-avec-anny-duperey_12924232/

https://www.lamontagne.fr/saint-hilaire-luc/2015/03/11/des-lectures-poetiques-avec-anny-duperey_11358844.html

Henri Cueco, peintre né à Uzerche (Les hommes rouges, le grand méchoui, les chiens qui sautent, onze variations sur le thème du radeau de la méduse …) ; son épouse Marinette Cueco est une artiste plasticienne

https://www.lamontagne.fr/clermont-ferrand-63000/actualites/le-peintre-henri-cueco-en-quelques-mots_12322087/

Robert Georges Nivelle né à Tulle en 1856 ; un temps à la tête des armées françaises durant la première guerre mondiale, en remplacement de Joffre. Il dirigea l’offensive sanglante du chemin des Dames en 1917 dont l’échec conduisit à son remplacement par Philippe Pétain

Joseph Souham : né à Lubersac en 1760, il fut un maréchal d’empire

Marcel Treich-Laplène: né à Ussel : explorateur de ce qui deviendra la Côte d’Ivoire. Il sillonnera le pays dont seule la bande littorale est connue afin de conclure des traités avec les chefs de tribus. Il en deviendra finalement administrateur. Malade, il décède prématurément à l’âge de 30 ans en 1890.

   

Eugène Freyssinet : né à Objat, polytechnicien, inventeur du béton précontraint qui représenta une révolution dans la technique de construction d’ouvrages en béton.

La précontrainte consiste à mettre en compression une poutre béton sous l’effet de la tension de câbles préalablement mis sous tension, puis libérés. Les câbles transmettent alors leur contrainte au béton et le compriment : la poutre est alors susceptible de supporter des charges plus importantes qu’avec un ferraillage classique.

https://www.lamontagne.fr/objat-19130/actualites/anniversaire-de-la-disparition-deugene-freyssinet_1193002/

Tornade Pierre : pseudo de Tournadre né à Bort les Orgues ; comédien

Louis Neel, prix Nobel de physique en 1970 pour ses travaux sur le magnétisme, créateur du centre d’études nucléaires de Grenoble, est décédé en 2000 à Brive. La seule chose qui l’attachait à la ville semble être une de ses proches, qui avait été enseignante dans cette ville.

Marius Vazeilles  :

Un homme aux multiples talents, un écologue avant l’heure.

Garde forestier puis ingénieur du génie rural, il sera chargé par Henri Queuille d’étudier les possibilités d’aménagement et de reforestation du plateau de Millevaches (l’idée sous-jacente est d’occuper les prisonniers de guerre à cette entreprise…)

Il est député du front populaire de 1936 à 1940,

passionné d’archéologie, c’est lui qui entreprendra les premières fouilles sur le site des Cars à St Merd-les-Oussines en 1936, puis dans la période d’après guerre.

Un musée portant son nom regroupe ses collections archéologiques à Meymac.

C’est aussi un pépiniériste et un expert forestier reconnu qui participera à l’introduction du pin Douglas sur le plateau de Millevaches.

Christian Binet , auteur de Kador et des Bidochon, deux séries Bd humoristiques et caustiques, est né à Tulle

Antoine Paucard , sculpteur et poète ; né à Saint-Salvadour. Une personnalité atypique, tour à tour paysan, terrassier, maçon. Il a laissé une soixantaine de sculptures représentant des personnages historiques dans le musée qui lui est consacré à Saint-Salvadour.

À proximité du village, un monolithe imposant porte une plaque de marbre sur laquelle est gravé un poème à la gloire de Sedullix, chef gaulois de la tribu des Lemovices, cité par César dans ses commentaires de la guerre des Gaules

http://payslimousin.canalblog.com/archives/2012/11/22/21100998.html

 

Merci au journal La Montagne, toujours bien renseigné et riches d’articles intéressants et bien documentés !

Christian Signol

Christian Signol

Christian Signol

Né dans le Lot, il a appartenu un temps à « l’École de Brive », ville dans laquelle il a vécu et travaillé.

Son ouvrage le plus connu est sa trilogie, La rivière Espérance, qui a fait l’objet d’une adaptation télévisée en 1995. Il a obtenu le prix des maisons de la Presse en 1997 pour Les vignes de sainte-Colombe

 

« Il y avait les jeudis, les vacances, mais il y avait surtout l’école, et d’abord le chemin de l’école …

Cette école était composée de deux bâtiments de même dimension accolés l’un à l’autre (le cours élémentaire et le cours moyen), le tout s’appuyant sur l’immeuble qui longeait la rue et abritait le logement des instituteurs. Deux cours rectangulaires étaient séparées par une murette .. où s’ébattaient d’un côté les filles, de l’autre les garçons, car il était d’usage d’établir une ségrégation devenue aujourd’hui heureusement caduque.

Là officiaient deux instituteurs magnifiques .. et dont le métier était une mission : alphabétiser toute une population rurale en lui apprenant également les rudiments de la morale, de la politesse et de la propreté. Que de revues d’ongles, d’oreilles, de cheveux, à l’entrée en classe !

La cour de récréation me paraissait immense alors qu’elle est minuscule. Il y avait un marronnier au milieu, qui servait aux plus faibles de refuge contre les vagues de « l’épervier », ce jeu qui consistait, pour trois ou quatre garçons aux mains réunies, à empêcher les autres de traverser la cour. Le préau, lui, avec sa corde à nœuds, appartenait à ceux qui préféraient les jeux plus paisibles. Il abritait également les « cabinets » à l’odeur de Crésyl, et un banc fait d’une poutre posée sur deux pierres.

Dès l’aube, je partais rejoindre mes grands-parents qui fanaient. Nous étions quatre alors, dans le matin où circulait encore la fraîcheur de la nuit… Munis de râteaux aux longues dents de bois, nous écartions le foin coupé la veille, pour qu’il sèche au soleil. Il y avait, me semblait-il, mille ans que l’école était finie… Nous avancions lentement, attentifs à bien écarter les andains jaunes et verts comme des ventres de tanches.

Je préfère les saisons « fortes » .. L’hiver c’était le froid, la neige, et le refuge clos de la maison à peine éclairée par la cheminée. C’est d’ailleurs l’une des premières images qui me revient à l’esprit : je suis derrière les carreaux et je regarde tomber de lourds flocons à l’approche de la nuit. Derrière moi, les flammes de la cheminée murmurent leur vague présence, chaude et rassurante, et m’incitent à ne plus bouger, à ne plus respirer, à écouter le silence d’étoupe qui a envahi le village, égratigné seulement par les pattes des moineaux dans la gouttière.

L’hiver parfois, s’éternisait et les beaux jours se faisaient attendre. Celui de 1956 a laissé une trace indélébile dans ma mémoire car le froid et la neige nous contraignirent à rester enfermés une semaine. Tout était figé, prisonnier du gel, même les branches du marronnier qui se trouvait devant la fenêtre, et qui resplendissaient comme un lustre. Par moins vingt degrés dehors, on entendait, la nuit, éclater le tronc des arbres. Le matin, c’était le silence qui me surprenait … « 

Extraits de Bonheurs d’enfance, 1996

Richard Millet

Richard Millet

Richard Millet

Originaire de Viam, Richard Millet vit, de sept à quatorze ans au Liban, sa deuxième culture, puis rentre en France. Il enseigne pendant quelque temps, d’abord dans le Nord, puis en banlieue parisienne. Il publie ses premiers romans aux éditions P.O.L. (Ndlr : d’après les initiales du fondateur : Paul Otchakovsky-Laurens) en 1983, plus tard chez Gallimard. Au total, il fera paraître plus de 80 ouvrages en l’espace de trente ans. Une œuvre complexe et exigeante où la recherche du style est primordiale.

Il a assuré également le rôle d’éditeur chez Gallimard et a donc participé à la sélection des manuscrits reçus; il fera ainsi publier deux prix Goncourt : « Les bienveillantes«  de Jonathan Littell en 2006 et « l’Art Français de la guerre«  d’Alexis Jenni en 2011.

Richard Millet aurait souhaité être pianiste, une passion pour le clavier qu’il assouvit en amateur. Son essai «Éloge littéraire d’Anders Breivik» a créé la polémique en 2012 ; soumis à la pression de la bienpensance, il est finalement obligé de démissionner du comité de lecture de Gallimard. Ce qui en dit long sur la liberté d’expression qui ne supporte plus la moindre divergence idéologique par rapport à la ligne gaucho-germano-pratine

 

l’art de la conversation n’étant pas tout à fait mort, l’orthographe pas encore erratique, la langue nivelée, déstabilisée à coups d’apocopes, d’aphérèses,(1) d’argot, de sigles et de parataxes (2)

Il était originaire d’une combe, à l’autre extrémité du plateau de Millevaches, d’un hameau qui s’appelait Prunde ou Taphaleschas, un nom bizarre où s’entend encore le bruit des Barbares qui ont déferlé sur l’Europe, dans l’ancien temps.

Une fois avalée la tranche de saint-nectaire glissée dans un morceau de pain si épais qu’on ne pouvait plus lui donner le nom de tartine que s’obstinait pourtant à employer ma mère, mais celui de casse-croûte, ou encore de «cassou», morceau de pain si gros qu’il fallait le couper au couteau et non avec les dents, j’allais derrière l’ancien fournil … Pas d’eau courante, pas de toilettes, pas de réfrigérateur : une maie dans laquelle on gardait le beurre, la viande, le fromage et les œufs, tandis que le pain était rangé dans un râtelier accroché au plafond. Pas de salle de bains non plus, et une nouvelle fois je me demande comment j’ai fait pour rester propre au cours de ces deux mois, car je ne garde aucun souvenir de m’être lavé, et si je l’ai fait, ce ne pouvait être que la figure et les mains, si bien qu’à la fin de l’été je devais sentir cette riche et complexe odeur de paysan qu’on peut encore trouver aujourd’hui non plus en Europe, d’où les odeurs corporelles ont été presque partout bannies, mais chez les paysans de l’Anatolie, du plateau calcaire de haute Syrie, ou dans les steppes de l’Asie centrale.

.. et qui n’a pas connu le bonheur de lire pendant des heures, la nuit, en entendant le crépitement de la pluie sur le toit dans le grand silence, n’a rien connu des rares plaisirs de ce monde.

elle dont le langage était aussi délicat que le corps, et l’appétit si mince que Jeanne s’en agaçait, prétendant que ça lui «savait mal», idiolecte siomois équivalent à «faire du tort», ou à «faire honte»

Un autre exemple, tenez : Émile Littré, vous savez qui c’est, n’est ce pas ? Eh bien, sa femme l’a trouvé une fois en train de lutiner la bonne, et lui a dit : «Monsieur, je suis surprise !» Littré lui a répondu, transformant l’adultère en leçon de langue française : «Non, madame, c’est nous qui sommes surpris; vous, vous êtes étonnée ..»

Ma vie parmi les ombres, Gallimard, 2003

(1) apocope, aphérèse : pour simplifier, on dira que ce sont des synonymes « d’abréviation« 

(2) parataxe : suppression des liaisons de subordination entre deux ou plusieurs propositions

Pierre Bergounioux

Pierre Bergounioux

Pierre Bergounioux

Ancien élève de l’École Normale Supérieure de Saint-Cloud, agrégé de lettres modernes, lauréat du Prix Alain-Fournier (1986), à l’occasion critique littéraire, mais aussi sculpteur, enseignant, militant de gauche, père de famille, pêcheur de truites et de gros livres, Pierre Bergounioux a publié de très nombreux ouvrages ; son site recense près de 90 publications entre 1984 et 2016.

Outre l’écriture, il avoue sa passion pour l’entomologie et collectionne les papillons et autres insectes; on le connaît aussi pour ses sculptures soudées qu’il crée à partir de matériaux de récupération

 

Au sujet du tour de France et du vélo en général :

S’il est un endroit de la terre qui décourage l’emploi du vélo, c’est Brive. Enfouie comme elle l’est, au fond du paysage, cernée de collines, elle n’offre d’échappatoire que par le lit de la Corrèze. C’est seulement du côté de la plaine aquitaine que la quantité de mouvement que le pied communique à une roue à rayons par l’intermédiaire d’une chaîne l’emporte sur l’action rétrograde de la gravité.

Partout ailleurs, on se heurtait à l’obstacle des collines, à l’interdit qu’elles opposaient à l’envie d’aller, au désir de connaître.

Avant d’accéder aux esplanades du Quercy voisin, il fallait gravir l’épaulement de Saint-Antoine puis l’âpre coteau de Noailles où la blancheur du Causse et l’éclat du midi succédaient au vieux grès permo-carbonifère humide et gris. On n’avait pas plus de facilité lorsqu’on cherchait une issue par le côté, vers Turenne. On se trouvait immédiatement aux prises avec l’escarpement sinueux, dangereux, qui culminait au Rocher Coupé.

Un dénivelé de huit cent mètres nous séparait de l’extrémité opposée du département, du haut berceau des sources, en Est, sur Millevaches. Et si l’on me demandait, aujourd’hui encore, quelle est de toutes les routes du monde la plus détestable, je répondrais sans balancer : la nationale 121. Sous ombre de nous conduire vers la Xaintrie, elle s’ingéniait à nous perdre dans les ravins de l’auréole métamorphique, à nous donner la nausée, à nous anéantir.

Aussi loin que je m’enfonce à reculons dans la plaine de ma mémoire, jusqu’au seuil énigmatique des brumes et de l’oubli, c’est ainsi qu’il en va. L e Tour de France, le peu que j’en sache, c’est la note hystérique, l’accent de démence qui passent dans la voix du speaker commentant le sprint de l’arrivée et puis, dans le journal du lendemain, le visage ravagé par l’effort et la souffrance du vainqueur. Quelques noms très anciens surnagent, ceux de Fausto Coppi et de Louison Bobet, de Darigade et de Bartali, parce qu’ils sont contemporains, pour moi, de l’heure merveilleuse où l’on s’éveille à la conscience conjointe du monde et de soi-même et que c’est, très momentanément, merveilleux.

Tour de plumes corréziennes Les 3 Épis, 1996

Au sujet de sa ville de Brive :

La route de Bordeaux sur l’axe des longitudes, était la plus cossue et la plus déplaisante de nos avenues. Elle était flanquée de maisons bourgeoises à marquises et balustres dont la lourde porte s’ornait de plaques de cuivre fourbi. Ce qu’il y avait écrit dessus, l’éclat jaune, l’importance qu’on y donnait gâtaient les prémices de l’ouest et, par contagion, le Périgord prochain. Il n’était question que d’affaires graves ou importunes, d’urologie et d’affections cardio-vasculaires, d’expertise fiscale, de gens ennuyeux, d’huissiers, d’assureurs et d’avoués. .. On essayait de ne pas penser à ce qu’on voyait, à l’heure inévitable où il nous faudra pousser une lourde porte à plaque de cuivre.

La neige s’apparentait aux requins et aux mangues. Nous ne l’avions pas sur place , comme la Belle Époque ou l’entre-deux-guerres, la rivière la gazelle ou le bananier. Les deux ou trois fois qu’elle descendit de l’empyrée me sont restées en mémoire comme autant de fêtes éblouissantes et brèves. Tout avait fondu le lendemain. Une boue grisâtre, où l’on pataugeait tristement, avait remplacé le grand déploiement de taffetas, de satins, d’écrins et de cristaux. Mais il y avait d’autres neiges, cousines, celles-ci, des insectes et du sanglier. J’entends encore des hommes mûrs, que leurs affaires conduisaient sur le plateau, parler avec respect des bourrasques qui les avaient enveloppés du côté d’Egletons ou de Saint-Angel, du fossé où la 89 les avait expédiés, eux qui, Brivistes, s’estimaient de talentueux conducteurs. Ils débitaient leur histoire comme s’ils avaient encore été cramponnés au volant, qu’ils eussent lutté dans la tourmente avec des roues qui ne répondaient plus et les gros hêtres mauves, homicides, qu’on croit à l’ancre dans les talus, zigzaguant devant eux comme des hommes ivres.

L’empreinte, Terre d’encre 1997

Michel Peyramaure

Michel Peyramaure

Michel Peyramaure

Le spécialiste du roman historique; né à Brive et membre fondateur de cette même école de Brive ; auteur prolifique puisque sa production a dépassé les 70 romans. Il a raconté Henri IV, Suzanne Valadon, Napoléon, Jeanne d’Arc, Vidocq, Sarah Bernhardt et quelques autres …

 

[Les Monédières]: Les forêts de hêtres … le cœur se serre en constatant qu’elles sont grignotées peu à peu par l’invasion germanique des conifères qui, s’ils dévitalisent le sol, revitalisent quelques comptes en banque. On peut voir dans ces nouveaux sous-bois une image de cathédrale ou de cimetière selon son humeur. Pour ma part je ne leur trouve de plaisant que ce silence ou cette rumeur marine que suscite le moindre souffle de vent, mais la stérilité du sol m’afflige.

[Vigeois]: Il était une fois un moine qui vivait dans une cellule de la vaste abbaye de Vigeois, au dessus des gorges de la Vézère. Il s’appelait Geoffroy et avait une vocation ; celle de chroniqueur. Il nous a laissé un recueil de chroniques du XIIIe siècle, mais rien de sa vie, de son origine, de son apparence physique : un personnage d’une discrétion absolue. Il nous reste à l’imaginer écrivant à la chandelle après la prière du soir la transcription des récits de pèlerins entendus au cours de la journée au réfectoire. Notamment cet étonnant récit du survol de Londres par un vaisseau aérien habité, peut être par des Martiens, comme ceux qui figurent sur les tombes Mayas et que j’ai vus à Palenque(1) chevaucher d’étranges machines.

Lamazière Basse, au sud-ouest de Neuvic, a, lui, une magnifique carte postale à nous offrir, sous forme d’une chaire d’église. La donatrice est Marie-Angélique de Fontanges, la dernière maîtresse du roi-Soleil à son crépuscule, dont les caresses séniles de la Montespan ne parvenaient pas à réveiller la virilité défaillante. Sa majesté fit un enfant à la belle, qui avait dix-sept ans ; il mourut mystérieusement et elle le suivit de peu, empoisonnée, dit-on, par un Locuste de la Cour. Marie-Angélique a vécu non loin de là, au château de Roussille, qui est encore habité. Au temps (très bref) de sa gloire ensoleillée elle dota l’église de Lamazière d’un mobilier somptueux, notamment d’une chaire, peut être pour racheter les faiblesses de la chair. Marie-Angélique a un autre titre de célébrité : la coiffure dite « à la Fontange » qui faisait fureur à son époque.

Sainte-Fortunade, capitale de la châtaigneraie, allie dans son enclos médiéval, en marge d’un parc très soigné, le féodal au religieux. Le château d’une belle envolée est le siège de la mairie. L’église nous propose l’un des plus purs chefs d’œuvres d’art religieux de la Corrèze : le chef reliquaire de Sainte-Fortunade qu’on a appelé, à cause de son sourire, la Joconde Limousine. Ce visage aux yeux clos sur lequel glisse la lumière des cierges, n’a pas fini de faire rêver.

Extraits de l’ouvrage Balade en Corrèze, Les 3 épis, 1993

(1) Cette comparaison fait référence au dessin figurant sur une tombe maya, où l’on voit un personnage dont la position et l’attitude font penser à celle d’un pilote …

Denis Tillinac

Denis Tillinac

Denis Tillinac, originaire d’Auriac

Un des fondateurs de l’école de Brive

Journaliste local (localier) à La Dépêche (propriété de la famille Baylet à la tête, à l’époque, du parti radical le MRG, une des composantes de l’Union de la Gauche), écrivain, soutien inconditionnel de Chirac. Il a écrit plusieurs ouvrages où il raconte cette rencontre avec le futur Président et la fascination qu’exerce sur lui le personnage :

 

« Sans la complicité de Belcour(1), Chirac n’aurait pas rencontré son destin. En tout cas pas celui d’un homme d’État. ..

Dès la prise inopinée de la circonscription [d’Ussel], en 1967, une amitié égalitaire, inconditionnelle, sans concession et sans nuage s’est tissée entre le deux hommes. ..

Belcour osait lui dire à l’occasion qu’il se plantait dans les grandes largeurs. Il avait beaucoup de dons, et les plus précieux, mais pas celui de la diplomatie. Jamais homme d’influence ne fut si peu courtisan. Quelle aubaine pour Chirac, dont l’entourage, par définition, grouillait de courtisans !

Le docteur Henri Belcour et Jacques Chirac

 

On ne résistait pas à Chirac. À telle enseigne que les dignitaires de la fédération socialiste corrézienne interdisaient à leurs élus d’assister à une cérémonie où sa présence était annoncée dans La Montagne. Quiconque lui serrait la main et se laissait piéger par un bref aparté n’était plus un opposant sûr. Ses partisans étaient euphorisés, ses adversaires médusés. J’avais sympathisé avec Bernard Coutaud(2), un jeune élu, maire et conseiller général en Haute Corrèze, assez représentatif de la nouvelle vague socialiste avec ses cols roulés et ses costumes en velours côtelé. Son parti le présentait contre Chirac aux législatives. Il critiquait son clientélisme, c’était son rôle. Mais en privé, il avouait son admiration pour Chirac, lequel l’avait en estime, et noyait ses offensives sous un flot d’éloges.

Peu à peu, mes réserves sont tombées, Chirac m’a séduit … à l’ombre d’un ténor, prospérèrent immanquablement des roitelets infréquentables. Les chiraquiens locaux n’étaient pas tous folichons; pour un Belcour ou une Annie Lhéritier(3), combien de raseurs et de solliciteurs.

Quand on lui demandait s’il se sentait de droite ou de gauche, il vous dévisageait avec la lourde apathie que Simenon prête à Maigret. Comme le commissaire au début d’une enquête, Chirac humait un climat, s’imprégnait d’une ambiance et obéissait à son intuition. Comme lui, il se méfiait des théories et n’empruntait aucune grille de lecture pour évaluer une situation.

On ne comprend rien à Chirac si on occulte ce trait essentiel de sa personnalité : il ne se situe nulle part sur la topologie des attachements politiques. Ni à droite, ni à gauche, ni au centre, encore moins aux extrêmes. Idéologiquement, il est neutre.« 

Extraits de : Le venin de la mélancolie, 2004

(1) Henri Belcour, médecin et maire d’Ussel, député suppléant de Jacques Chirac sur la circonscription de la Haute-Corrèze, puis sénateur

(2) Bernard Coutaud, maire de Peyrelevade, conseiller général du canton de Sornac de 1971 à 1982 (et accessoirement fut mon condisciple au début des années 60 au lycée d’Ussel)

(3) Annie Lhéritier fut notamment chef de cabinet de Jacques Chirac durant sa double présidence

Claude Michelet

Claude Michelet

Claude Michelet auteur de la série Des grives aux loups

Fils d’Edmond Michelet, ministre du Général de Gaulle, Claude Michelet a été agriculteur et éleveur. C’est dire si malgré ses origines citadines, il connaît l’agriculture, corrézienne notamment, d’autant mieux que son épouse, originaire de Perpezac-le-Blanc vient, elle, d’un milieu d’agriculteurs.

La saga des Vialhe reste, et de loin, son plus grand succès (Prix des Libraires 1980)

 

[1905 : le certificat d’études]

Pierre-Édouard ne les avait pas oubliés (Ndr : les conseils du maître). D’abord, des copies bien présentées et d’une calligraphie sans défaut ; pas de taches ni de ratures, une ponctuation scrupuleuse et, lorsque besoin serait, de belles et gracieuses majuscules. Ensuite, une attitude modeste, réservée; pas de mains dans les poches ni de doigts dans le nez, se mettre debout pour répondre aux questions, croiser les bras dans le dos pour bien dégager la voix et ne pas couper la respiration ; toujours réfléchir avant de répondre et se défier des pièges du genre : «Vous m’avez bien dit que six fois sept font quarante-quatre ?»

[1910 : la ligne du chemin de fer]

En revanche tous les propriétaires concernés par le passage menaient une dure bataille pour obtenir le maximum de dédommagements ..

Au printemps précédent, la compagnie avait envoyé un de ses ingénieurs pour obtenir les autorisations. Le pauvre homme n’avait pas obtenu une seul signature !

Pour éviter tout risque de mécontentements, la compagnie changea de tactique et emporta ainsi la deuxième manche. Jetant au panier le tracé initial, qui avait le mérite d’être le plus court et le plus logique, mais l’inconvénient de se heurter au bloc des propriétaires, elle décida, en accord avec les Ponts et Chaussées, de suivre tout simplement la route qui serpentait déjà entre les bourgs et les villages touchés par le chemin de fer. Cela impliquait un kilométrage beaucoup plus long et des méandres grotesques mais, chiffres en main, cette opération revenait quand même moins cher …

[1914 : la guerre]

Il perçut enfin l’ordre ..

Alors, d’un geste las, il fit signe à ses hommes d’arrêter le tir, se dirigea vers eux en titubant et s’accouda contre la roue gauche de la pièce brûlante. Comme beaucoup de ses camarades, il saignait du nez et mille cloches lui sonnaient dans le crâne.

Devant lui, dans les champs bouleversés et les bosquets massacrés, s’étalaient à perte de vue des hommes cueillis en pleine course, à bout portant ;

– Passe-moi un peu de tabac.

L’homme tendit le bras par dessus le fût. Un claquement sec arrêta son geste. Son képi voltigea comme un papillon. Hébété, Pierre-Edouard vit son compagnon qui glissait mollement contre la roue. La balle lui avait perforé tout le haut du crâne. Pers ses lèvres entrouvertes, s’échappait doucement la fumée de la cigarette qu’il venait d’allumer.

Extraits de des grives aux loups,1979

[1940 : de nouveau la guerre]

Deux jours plus tard … Jacques découvrit la guerre …

Et, déjà, en face de leurs simples fusils, de leurs vieilles Hotchkiss et de leurs trop rares canons de 25 – dont il importait d’économiser les projectiles – se profilaient les massifs et grondants blindés de la 4ème Panzer-Division de Von Kleist ; les K.W. 3 de quinze tonnes, avec leur canon de 37 et leurs M.G. 34 de 7,92 mm. Et les voltigeurs qui les suivaient – comme les chacals suivent les lions – étaient souples, eux, vifs, redoutables car nul sac à dos, musette et autre barda ne les encombraient ; parce qu’ils ne se prenaient pas les pieds dans les bandes molletières dénouées ou les pans de la capote, parec qu’au robuste mais lent M.A.S. 36 ils opposaient le terrible et si rapide feu de leurs Maschinen-Pistol 40 …

[hiver 1956]

La fin du mois fut pluvieuse et douce. Mais si, au soir du 31 janvier, tout le monde se coucha au chant des gouttes d’eau pleurant dans les dalles, le silence étonnant au matin du 1er. Un silence figé, glacial. Dans la nuit, sans prévenir, l’hiver était tombé comme un couperet ; il faisait moins douze à 8 heures du matin et moins quatorze à 11 heures.

Paralysés par le froid et stupéfaits par la rapidité de l’attaque, les gens se Saint Libéral tirèrent leurs volets, calfeutrèrent les portes des caves et des étables à grand renfort de bottes de paille et se tapirent dans les cantous au centre desquels ronflait un feu d’enfer.

Le froid s ‘installa et, poussé par un vent coupant comme du verre, accrut son emprise. Même la neige qui, dès le 10, chuta en abondance, ne parvint pas à radoucir une température qui se cantonnait vers moins quinze. Le 11 la Vézère gela. Mais il fallut attendre le mercredi 18, jour des Cendres, pour subir une morsure du froid que bien peu au village avait déjà connue. Même Pierre-Édouard admit que les hivers 99, 17 et 39 n’avaient pas atteint de telles températures.

Extraits de Les palombes ne passeront plus,1980

Henri Troyat

Henri Troyat

Né Lev Tarassov, devenu plus tard Henri Troyat à la demande de son premier éditeur, précoce prix Goncourt (à 27 ans) pour l’Araigne, l’écrivain académicien a vécu quelques temps en Corrèze, à Bugeat, d’où était originaire son épouse d’alors. Il s’est inspiré de son séjour sur les lieux pour son cycle romanesque Les Semailles et les moissons (5 volumes), une des œuvres maîtresses de l’écrivain, au même titre que la série Tant que la terre durera (1). L’action se partage entre la Corrèze, Paris et la Savoie, entre 1910 à 1945.

Troyat est expéditif dans ses descriptions des paysages corréziens; peut être ne l’ont-ils pas inspiré ? En tout cas ses personnages portent des patronymes qui nous paraissent typiquement limousins : Dubech, Eyrolles, Bellac, Mazalaigue, Pradinas, Ferrière, Sénéjoux, Cordier, etc

 

« De la rivière bouillonneuse montait un frais parfum d’herbe et de pierre humide. Derrière les bouquets de hêtres et de chênes, s’étalaient des prairies vertes, spongieuses, coupées de rigoles et hérissées de buissons épineux. C’était la mauvaise partie du pays, où la terre refusait la semence. Cahotant dans les ornières, la carriole gravissait la première côte avec lenteur.

Pour aller au Veixou, il fallait tourner le dos à la campagne vivante. Brusquement le sentier se détachait du terre-plein et plongeait, par paliers, vers une dépression en forme de cuvette. Toujours à cet endroit de la promenade, Amélie éprouvait le sentiment qu’elle entrait dans un domaine d’hostilité, de mystère et de haine.

..

Elle avait besoin d’errer longtemps dans la campagne pour fatiguer son corps et apaiser son esprit. De gros nuages de lait pesaient sur la ligne ondulée des collines. Les fougères du talus laissaient pendre leurs palmes aux bords roussis. La bruyère mauve poussait par bouquets hors des nids de cailloux et de mousse. Il faisait frais. Le soleil ne perçait pas la brume …

La faucheuse fut attachée par des cordes de gros chanvre à l’arrière de la carriole. Avec ses hautes roues de fer, peintes en bleu, sa chaîne, ses dentelures, ses engrenages, son siège perforé, en forme de cuvette, et son sabot rabatteur, cette mécanique compliquée et absurde faisait songer à quelque insecte destructeur grossi par le jeu d’une loupe.

 

Le voyage de Paris à Limoges avait duré vingt deux heures. Elle éprouvait encore le roulement, le tressautement des roues dans ses reins. Aux passages à niveau, aux ponts, aux postes d’aiguillage, des hommes chenus et graves, képi sur la tête et brassard sur la manche, montaient la garde, appuyés sur de vieux fusils. On s’arrêtait en rase campagne pour laisser passer de lents convois militaires, marqués d’inscriptions à la craie : Train de plaisir pour Berlin ! … vive la France ! … Par les portières des wagons à bestiaux, se penchaient des grappes de jeunes gens aux faces rougeaudes. Ils brandissaient des bouteilles … »

Le récit de la découverte du site gallo-romain des Cars, proche de Bugeat (le site, connu depuis longtemps, a été fouillé par Marius Vazeilles entre 1937 et 1939, puis après la guerre ; il s’agissait donc d’un évènement contemporain au séjour de Troyat dans la région) :

– D’après ce que nous avons pu dégager à l’extrême pointe du terrain communal, dit M. Dupertuis, il s’agissait d’une station balnéaire, composée d’une douzaine de salles, dont subsistent à peine les soubassements. Les foyers extérieurs et les huit premières salles sont de ce côté-ci de la limite. Les deux dernières salles et le bac d’alimentation sont vraisemblablement chez vous.

– C’était donc des étuves ? Demanda Jérome

– Parfaitement, dit M. Langlade. De la cellule de chauffe, une canalisation intérieure conduisait les gaz sous les dallages et dans les murs des différentes pièces, dont les plus rapprochées du foyer étaient chauffées fortement, d’où leur nom de caldarium, et les plus éloignées faiblement, d’où leur nom de tepidarium

– mais qui étaient-ils, ces gens-là ? Des romains ?

– des gaulois colonisés par les Romains et gagnés à leurs habitudes d’hygiène, de religion et de confort, dit M. Langlade. Il existe de nombreuses stations gallo-romaines dans le département. Mais comme celle-ci, elles ont été en majeure partie détruites aux époques mérovingiennes et carolingiennes.

 

Les semailles et les moissons, tome 1, 1953

(1) Tant que la terre durera, les semailles et les moissons, le froid et le chaud, l’hiver et l’été ne cesseront de s’entre–suivre (citation de La Bible)

Simone de Beauvoir

Simone de Beauvoir

Simone de Beauvoir en née en 1908 à Paris dans une famille bourgeoise. Si elle vit durant sa jeunesse à Paris, elle passe ses étés au château de Meyrignac (commune de St Ybard, près d’Uzerche) où son grand-père paternel avait crée un parc paysagé ou bien à celui de La Grillère, propriété d’un de ses oncles, à St Germain les Belles en Haute Vienne. Elle entre en 1925 à la Sorbonne où elle rencontre Jean-Paul Sartre.

Son premier roman « L’invitée » paraît en 1943. Elle évoquera les moments heureux de son enfance dans la campagne limousine dans Mémoires d’une jeune fille rangée paru en 1958. Simone de Beauvoir décède en 1986 à Paris.

« Mon bonheur atteignait son apogée pendant les deux mois et demi que, chaque été, je passais à la campagne. Ma mère était d’humeur plus sereine qu’à Paris; mon père se consacrait davantage à moi ..

Le premier de mes bonheurs, c’était, au petit matin, de surprendre le réveil des prairies ; un livre à la main, je quittais la maison endormie, je poussais la barrière ; impossible de m’asseoir dans l’herbe embuée de gelée blanche ; […] le mince glacis qui fendait la terre fondait doucement ; le hêtre pourpre, les cèdres bleus, les peupliers argentés brillaient d’un éclat aussi neuf qu’au premier matin du paradis […]. […] j’aimais ces instants, où, faussement occupée par une tâche facile, je m’abandonnais aux rumeurs de l’été : le frémissement des guêpes, le caquetage des pintades, l’appel angoissé des paons, le murmure des feuillages ; […].

.. il (le grand-père) fredonnait toute la journée; il me disait le nom des arbres, des fleurs et des oiseaux. Cèdres, wellingtonias, hêtres pourpres, arbres nains du Japon, saules pleureurs, magnolias, araucarias, feuilles persistantes et feuilles caduques, massifs, buissons, fourrés : le parc n’était pas grand mais si divers que je n’avais jamais fini de l’explorer..

.. Nous éventrions avec une pelle les fourmilières ..

Quelquefois nous partions à travers les châtaigneraies chercher des champignons. Nous négligions les fades champignons des prés, les filleuls, la barbe-de-capucin, les girolles gaufrées; nous évitions avec soin les bolets de Satan à la queue rouge, et les faux cèpes que nous reconnaissions à leur couleur terne, à la raideur de leur tige. Nous méprisions les cèpes d’âge mûr, dont la chair commençait à s’amollir et à proliférer en barbe verdâtre. Nous ne ramassions que les jeunes cèpes à la queue galbée, et dont la tête était coiffée d’un beau velours tête-de-nègre ou violacé.

Pour nous rendre à Meyrignac, nous roulions pendant une heure dans un petit train qui s’arrêtait toutes les dix minutes ..

Au milieu d’une bruyère, des blocs de granite gris que nous escaladions pour apercevoir au loin la ligne bleue des Monédières. En chemin, nous goûtions aux noisettes et aux mûres des haies, aux arbouses, aux cornouilles, aux baies acides de l’épine-vinette ; nous essayions les pommes de tous les pommiers. Étourdies par l’odeur du regain fraîchement coupé, par l’odeur des chèvrefeuilles, par l’odeur des blés noirs en fleur, nous nous couchions sur la mousse ou sur l’herbe et nous lisions …

Je n’imaginais pas qu’il existât sur terre aucun endroit plus agréable à habiter.« 

in Mémoires d’une jeune fille rangée

Source : Balade en Limousin : Sur les pas des écrivains, Éditions Alexandrine, 2009

Un circuit pédestre lui est dédié aux abords d’Uzerche :

https://www.detours-en-limousin.com/Balade-Simone-de-Beauvoir-a-Uzerche

Colette

Colette

 

Colette est déjà un auteur reconnu lorsqu’elle rencontre le baron Henry de Jouvenel, journaliste, homme politique … et propriétaire d’un domaine en Corrèze à Varetz, lieu-dit Le Castel Novel. Leur fille Colette, née en 1913 et surnommée « Bel Gazou« , passera sa jeunesse et les années de guerre à cet endroit. Colette séjournera à Castel Novel à de nombreuses reprises; ses écrits en gardent la trace :

 

LA CORRÈZE :

Colette se plaira beaucoup dans ce château et trouva la région très belle; elle dira même « Qu’est-ce qu’on va donc voir en Suisse qui soit aussi beau ? Je n’avais pas idée de cette Corrèze là je t’assure…»

LES FOINS :

Ici, dès l’arrivée, on sent le cours de la vie, ralenti, élargi, couler sans ride d’un bord à l’autre des longues journées. Juillet : l’herbe a fini de croître, la feuille ne grandit plus, les couvées emplumées ont pris leur vol ; l’été, à son apogée, semble mourir d’une fastueuse mort, arrêté en pleine richesse par la flèche d’un soleil sans merci.

Comme il resplendit, ce juillet limousin, aux yeux sevrés depuis trois ans de son azur, du vert, du rouge de sa terre sanguine ! Chaque heure fête tous les sens. Un son, nombreux comme le battement du sang dans la conque des oreilles, accourt de tout l’horizon visible, s’étale en nappe d’harmonie égale, nourrie, que crèvent de moment en moment le cri d’un coq, un meuglement nonchalant, une cigale, un geai … Au bord de la rivière, les vernes à la feuille froide protègent la reine-des-prés, le chanvre rose et la saponaire si mêlés qu’on cueille ensemble leurs tiges amères et leur bouquet un peu fade, blanc, rose et mauve ..

Un sentier, que la menthe argente, est une voie de parfums …

Épargnées ? Hélas ! Le foin est encore sur les prés, debout ici, couché par vingt averses, ailleurs fauché et jaunissant. Les pluies tardives sont taries enfin, et les femmes, les vieillards, se lamentent sans paroles devant un trésor que des bras d’hommes devraient sans délai étreindre, lier, abriter dans les fenils embaumés – et des bras d’hommes robustes et rapides ! Parfois la faux suffit, mais souvent l’herbe consternée réclame l’antique faucille. Des bras d’hommes, pour râteler et charger, entre deux orages, la toison coupée de ces longs prés de rivière.

Victorieuses jusqu’à présent, les femmes, pliant sous l’excès de travail, diminuées par la solitude, sont près de faiblir. Juin ruisselant a mis en péril la vie, vienne l’hiver, du bétail et des chevaux.

Les secours sont trop rares et tardent trop.

Pourtant nous avons l’exemple des râteleurs enfants, qui, tous, travaillent aux foins qu’on a pu faucher. Dix ans, celui-là ? Et huit ans, celui-ci ? Peut être moins. Mais regardez donc ce vieux faneur, suivi, comme de son ombre courte, d’un marmot de quatre ans, qui manie un râteau à sa taille …

BEL GAZOU ET LA VIE CHÈRE

– Mais voyons, Bel-Gazou, le Chaperon-rouge c’est une histoire très vieille ! À ce moment-là il n’y avait pas la guerre !

– Pas la guerre ? Ah ? Pourquoi il n’y avait pas la guerre ?

Le nez charmant se baisse, se lève, la petite main reprend la mienne, mais le pas ralenti de Bel-Gazou, un saut, deux sauts de chevreau irrésolu disent le doute, l’impuissance devant le mystère : « Pas la guerre ? » C’est vrai, elle ne peut pas imaginer … En août 1914, elle avait douze mois.

L’orée du bois nous rejette dans un bain éblouissant de lumière, d’herbe chaude, d’odeurs animales et potagères : la ferme est là. Aux cris de héraut de Bel-Gazou répondent ceux des coqs, des cochons, des dindons sanglotants et des chiens de troupeaux …

– Petits, petits, petits ! Glapit Bel-Gazou. Eh ! Les povres petits !

Et un moment elle est environnée de poules, becquetée de pintades, et voici que cinquante poussins déjà emplumés, un peu jaunes encore aux commissures du bec, l’ont envahie jusqu’aux épaules. Tantôt elle les secoue d’elle et tantôt elle les encourage. Elle est rouge d’orgueil et rit avec sévérité. Un petit dieu charmeur d’oiseaux … L’enfance du saint qui parlait aux abeilles … Mowgli de la jungle limousine …

Des plaintes de volaille jugulée coupent mon extase maternelle et littéraire. Bel-Gazou a saisi par les pattes le plus gros poulet qui piaille, tête en bas, ailes ouvertes :

– Bel-Gazou ! Chérie ! Tu lui fais mal, lâche-le !

Bel-Gazou, avant de répondre, avance une lippe importante :

– Je ne lui fais pas du mal, je le pèse.

– il n’a pas besoin que tu le pèses.

– Si, il a besoin. Quand il sera lourd, lours, lourd, il ira au marché. Et on le vendra cher, cher, cher !

– Combien ? Tu ne sais pas combien ?

– si, je sais.

– Dis-le ?

– Trois .. cent .. non, six ..quarante-douze mille … francs. Et encore quat’ sous de plus, même ! Té, ce qu’elle renchérit, la volaille !

Extraits de Les heures longues, 1916