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Henri Queuille, ministre polyvalent des années 30

Henri Queuille, ministre polyvalent des années 30

Certainement considéré comme étant quasiment incontournable à ce poste, Henri Queuille est de nouveau chargé de l’Agriculture au début (et à la fin) des années 30.

La production agricole a eu raison de la pénurie de blés et le pays s’est même trouvé en situation de surproduction en 1932 et 1933. Il faut alors, à l’inverse de ce que fut entrepris dans les années 20, résorber les stocks … parmi les décisions prises en 1934 : la diminution de consommation de pain rassis et l’augmentation corrélative de celle du pain frais ! L’inverse donc de la position adoptée lors de la décennie précédente…

Ses capacités de négociateur étant alors bien établies et reconnues, on fait maintenant appel à lui pour d’autres postes ministériels, des postes techniques, du fait de son aptitude à appréhender des sujets de cet ordre : ministre de la Santé publique (ce qui se conçoit au vu de son passé de médecin), puis, plus surprenant, des Travaux Publics en 1937-1938 et même en charge du Ravitaillement en 1940. Accessoirement, il assumera quelques interims comme celui du ministre de l’Intérieur …

Nommé Ministre des Postes (PTT) pour un court intermède durant le second semestre de 1932, il règle, à son insu, un problème de bruit qui semble gêner ses concitoyens; mais les médias ne voient pas tous les choses sous le même angle :

 

Henri Queuille est, à ce moment-là de sa carrière, un ministre éprouvé, fort de son expérience.

Le Petit Parisien en dresse un portrait élogieux et prédit un avenir glorieux à cet homme intègre et intelligent, de surcroît proche de sa famille :

Après le pain, c’est la viande qui semble poser problème : que faire avec les bas morceaux ? Une solution est heureusement trouvée et ce sont les jeunes des collèges et lycées qui vont faire les frais de la décision ; Mais ne dit-on pas qu’il vaut mieux d’abord manger son pain noir ?

 

Ministre de la Santé et des Sports, il est astreint à certaines obligations comme celles qui consistent à suivre des évènements sportifs, que ce soit des compétitions d’escrime, des matchs de rugby, du hockey sur glace, sport encore confidentiel ou bien une rencontre de football aux côtés de M. Jules Rimet (fondateur du Red Star, président de la Fifa durant 33 ans, il a donné son nom à la coupe du monde) et qui voit l’Allemagne dominer ce jour-là l’équipe de France sur un score net : 3-1. Il fait montre d’un certain enthousiasme pour le rugby et n’hésite pas à faire part aux journalistes de ses commentaires éclairés.

Et bien sûr, il doit distribuer quelques décorations aux personnes les plus méritantes. Comment fait-il ses choix se demande un député ? Il « botte en touche » comme on dit mais en même temps sa réponse illustre sa philosophie personnelle : faire de son mieux

La France s’est doucement habituée à la paix. Et pourtant, la guerre se profile déjà à l’horizon. Ce n’est pas encore très net, mais l’Allemagne nazie a délivré quelques messages alarmants : dans les premiers mois de l’année 1935, 8 jours après que Goering eut relancé officiellement l’armée de l’air, Hitler transgresse le traité de Versailles en décidant de rétablir la conscription et de doter l’Allemagne d’une armée de 600 000 hommes, soit 36 divisions !

  Dans Le Figaro du 17 mars 1935, Wladimir d’Ormesson identifie clairement le danger : « À qui fera-t-on croire qu’une organisation militaire comme celle que l’Allemagne affiche aujourd’hui peut s’improviser en une nuit, voire en huit jours ? À qui fera-t-on croire que l’on fait sortir 36 divisions d’un tiroir ? ». Et plus loin : « Si l’on veut savoir où est la vérité, on n’a qu’à ouvrir Mein Kampf. Là se trouve l’explication de tout ce qui se passe…. Des naïfs auxquels l’expérience n’a rien appris.. se sont laissés prendre au «pacifisme» du Führer… »  

Douze mois plus tard, à quelques jours près, en violation des accords de Locarno, les troupes allemandes réoccupent la Rhénanie qui avait été démilitarisée au moment du traité de Versailles : c’est le début de l’expansion du Reich, le début de l’engrenage …

De nouveau, Wladimir d’Ormesson analyse parfaitement le sujet et souligne la duplicité évidente à ses yeux de Hitler, lequel s’assoit sans vergogne sur les accords de Locarno qui ouvraient pourtant la voie à une normalisation des relations entre l’Allemagne et ses voisins européens de l’ouest :

Malgré tout, les affaires intérieures occupent la plupart du temps le devant de la scène.

En 1937, à la demande du chef du gouvernement, Henri Queuille est chargé des négociations avec les compagnies privées qui se partagent le réseau ferré, afin d’aboutir à leur regroupement et la nationalisation (partielle puisque l’État n’est actionnaire qu’à hauteur de 51%) de l’ensemble, qui donne ce que nous connaissons sous le sigle SNCF. Son action semble appréciée par un peu toutes les parties …

En 1938 : il se montre toujours soucieux du bien être de ces exilés de la campagne qui, après des années de labeur dans les villes, espèrent revenir passer leurs vieux jours dans leurs campagnes natales.

Comme la preuve que la vie en ville ne serait guère supportable ?

Malgré les démarches des gouvernements Anglais et Français, la guerre tant redoutée est arrivée, 21 ans après la précédente.

Sous la main de fer des nazis, les Allemands revanchards et dominateurs prétendent construire ce Reich de 1000 ans promis par leur chancelier et asservir l’Europe, des Pyrénées jusqu’à l’Oural.

La France a mobilisé ses troupes le 1er septembre 1939. La Pologne a été absorbée en quelques semaines et la «drôle de guerre» s’est installée…

Que peut-on faire quand on est aux manettes sinon soutenir les militaires sans doute partis à reculons vers cette nouvelle boucherie ?

Ainsi commence une des périodes les plus sombres de l’histoire du pays. Même si beaucoup de journaux essayent de donner le change, la situation est grave et les mois de mai et juin 1940 vont voir se répéter ce qui s’est produit en Pologne en septembre 1939, la guerre-éclair, qui va submerger l’armée française sans coup férir.

Doit-on, malgré la situation dramatique, s’abstenir de toute sortie humoristique ?

La défaite devenue inéluctable, un armistice est signé le 22 juin 1940.

Un nouveau gouvernement aux pouvoirs étendus que lui a donné l’assemblée par un large vote – H. Queuille fait partie des abstentionnistes – va succéder au pouvoir en place et s’installer à Vichy avec, à sa tête le maréchal Pétain et Pierre Laval. C’est le début du « régime de Vichy » qui sonne la fin de la 3ème République.

Henri Queuille va abandonner toutes ses fonctions gouvernementales.

On pourrait voir dans cette répartie, à la fois ironique et désabusée, une simple sortie humoristique en même temps qu’une allusion au nouveau régime …

Henri Queuille va se retirer à Neuvic et il perdra au passage son titre de maire par décision du gouvernement de Vichy. Il va entamer une traversée du désert qui durera 3 ans.

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Sources : journaux d’époque sur le site Gallica

 

 

Henri Queuille, ministre de l’Agriculture dans les années 20

Henri Queuille, ministre de l’Agriculture dans les années 20

Les extraits figurant sur cette page proviennent pour la plupart des journaux d’époque (Le Petit Parisien, Excelsior, le Figaro, l’Humanité, Le Journal, Le Matin, l’Intransigeant, Le Gaulois, etc)

Le contenu de cette page n’a pas la prétention d’être un récit historique. Il s’agit plutôt d’illustrer par des extraits significatifs, parfois amusants, ce que fut l’homme politique Henri Queuille et la façon dont il était perçu par ses contemporains et par les médias de l’époque.

La teneur des articles et les commentaires des journalistes sur l’action du Ministre Queuille sont variés. Si certains se cantonnent dans une certaine impartialité et s’en tiennent à ce qui est factuel, d’autres ont une lecture plus critique, plus polémique, plus politique dira-t-on ; les journaux proches des radicaux-socialistes sont plutôt élogieux alors que les journaux communistes ou nationalistes chercheront à dénigrer le ministre et le gouvernement auquel il appartient. Les appréciations varient en fonction des alliances politiques, elles-mêmes fluctuantes; c’est le cas de l’Humanité peu avare de commentaires acerbes dans les années 1920, plus conciliante durant la période du Front Populaire lorsque interviendra la nationalisation des réseaux ferrés, pour laquelle militait le PCF.

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Élu maire en 1912 puis conseiller général en 1913, Henri Queuille devient député en 1914.

Dès son élection, il participera, entre deux séjours début 1916 sur le front à Verdun et sur la Somme, aux travaux de l’Assemblée. Membre de plusieurs commissions, il exerce pleinement son rôle de député en soumettant diverses résolutions ou propositions de loi sur des sujets variés où l’agriculture n’est jamais loin :

La guerre terminée, il continue son activité de parlementaire et soutient une position avant-gardiste sur un sujet majeur qui est celui de l’aménagement des cours d’eau en vue d’en exploiter le potentiel de production électrique. Il se fait connaître par une bonne connaissance du sujet et de ses implications importantes et milite pour l’aménagement de la Haute-Dordogne.

Son intervention en faveur de la création des chambres d’agriculture auxquelles il veut attribuer des compétences dans ce domaine est remarquée et l’expose à un jeu de mots hasardeux d’un de ses collègues …

Considéré dès lors comme un excellent connaisseur du monde agricole, il va accéder à des postes ministériels à partir de 1920, d’abord comme sous-secrétaire d’État à l’Agriculture, puis à partir de 1924, comme ministre. C’est sans doute plus la compétence dont il a fait preuve dans ses interventions à la chambre que son étiquette politique qui à l’origine de cette nomination. Compétence acquise au fil des années passées « sur le terrain » en tant qu’élu local, puisqu’il est à la fois maire d’une commune rurale et membre du Conseil Général de la Corrèze, structure dont il prendra la présidence en 1921.

 

 

  

Il met le pied à l’étrier en 1920 comme sous-secrétaire d’État à l’Agriculture en collaborant avec le ministre en titre, J.H. Ricard, ingénieur agronome de métier. Son champ d’action est bien défini et limité à certains domaines : – bois et forêts, – l’enseignement agricole,

– la chasse, – les haras

En 1924, il devient ministre à part entière.

 

Dans les années 1920, la France n’est plus autosuffisante pour sa production de blé, ce qui entraîne une hausse des prix du pain que le nouveau ministre s’efforce de maîtriser. En essayant de jouer sur l’offre, en faisant en sorte que la production de blé augmente : les principaux leviers d’action à sa disposition résident dans l’amélioration des variétés de semences, l’utilisation d’engrais complets et l’accroissement des surfaces emblavées. Et en agissant également sur la demande, ce qui revient à proposer de réduire la consommation de pain frais … et de brioche…

S’agissant d’agriculture, la météorologie est de la partie et vient parfois mettre à mal les prévisions sur lesquelles s’appuient les décisionnaires. De quoi alimenter ce qui ressemble vu d’aujourd’hui à un feuilleton …

Le prix du pain, le prix des blés : une bataille qui dure jusque dans les années 1930. À cette époque un français consomme plus de 600 g de pain par jour (5 fois plus qu’aujourd’hui) : c’est donc un aliment essentiel et son prix à la hausse ne peut que provoquer une vague de mécontentement. Agir sur les cours du blé, encourager la production nationale, utiliser d’autres céréales panifiables, diminuer la consommation, autant de pistes qui sont explorées… Les décisions sont délicates à prendre surtout lorsqu’il s’agit de contenter les différents acteurs que sont les agriculteurs, les minotiers et bien sûr les boulangers. Les caricaturistes trouveront là un sujet de choix :

Il gagnera de cette période le surnom de «Queuille-la-Disette» ce qui fait écho au surnom dont avait été affublé un de ses prédécesseurs rue de Varenne (c’est l’adresse du ministère de l’Agriculture à Paris), Henry Chéron, surnommé «Chéron-la-vie-chère»

Obliger à la consommation de pain rassis est une option envisagée et finalement retenue (en principe la consommation de pain rassis sera moindre – c’est du moins l’hypothèse sur laquelle tablent les politiques d’alors – et la tension sur les cours du blé retombera). Elle se traduira par l’obligation de fermer les boulangeries une journée par semaine sauf exceptions.

Bien que la crise du pain s’éternise, le Ministre a bien d’autres préoccupations et va s’intéresser à de multiples sujets, tous en rapport avec l’agriculture :

– la mécanisation des métiers agricoles,                                                                

– la modernisation des méthodes de culture,

– la construction de barrages hydro-électriques et l’électrification des campagnes,

– le développement des compétences des services du génie rural,

– la promotion de la médecine vétérinaire,

– la prophylaxie des élevages,

– l’enseignement des métiers de l’agriculture

– l’exode des campagnes avec son corollaire, l’insuffisance de main d’œuvre

– etc

En tout cas, l’agriculture est une préoccupation de chaque instant, qu’il idéalise parfois tout en faisant preuve de son côté pragmatique. Voyez l’extrait qui suit où après une envolée lyrique, il promeut l’utilisation des engrais complets, encore ignorés en France :

La palette de sujets à maîtriser est large. Sans compter qu’il faut aussi posséder quelques notions d’économie, se montrer capable de négocier avec toutes les parties, maintenir ses connaissances à jour dans le domaine agricole. De temps en temps, des sujets qui paraîtraient de prime abord secondaires ou étrangers à sa spécialité requièrent de l’attention : l’utilisation des gazogènes en est un bon exemple. Sans oublier les inaugurations pour lesquelles il faut répondre présent, mais ce n’est sans doute pas le côté le plus désagréable de la fonction !

Il s’intéressera à plusieurs reprises à la production de charbon de bois et à la technologie des véhicules à gazogènes. Et durant son retrait de la vie politique, entre 1940 et 1943, il transformera ce qui n’était peut être qu’un intérêt passager en une réalité concrète, en montant une petite exploitation forestière de production de charbon de bois.

Après avoir fait ses preuves tout au long de la décennie, Henri Queuille va devenir dans les années trente un acteur politique de premier plan, à qui on confiera des missions de plus en plus variées comme le montre la frise ci-dessous :

 

 

 

 

 

Henri Queuille, cet illustre inconnu

Henri Queuille, cet illustre inconnu

Avant de m’intéresser à Henri Queuille, je ne connaissais de lui que le nom et l’image d’un personnage présenté comme indécis et adepte de combinaisons, image véhiculée par la rumeur parfois simplificatrice…

N’ayons pas peur des mots : Henri Queuille fut le premier politique d’envergure de la Corrèze, un acteur majeur dans ce domaine durant l’entre deux-guerres et pendant la 4ème République.

Henri Queuille eut une carrière extrêmement riche et pourtant on ne peut pas dire que la postérité ait identifié en lui un personnage d’exception, loin de là. Et s’il est encore connu, c’est plus comme le symbole d’un certain immobilisme Note 1 dont certains ont bien voulu l’affubler, plutôt inhérent en réalité au système politique de cette époque où va régner le système des partis et les combinaisons. Un système qui va perdurer et se transformer en instabilité presque continuelle sous la 4ème République.

Henri Queuille fut omniprésent durant toute cette période, qui va de 1920 jusqu‘en 1955 ; ministre à de multiples reprises, presque incontournable, il devient finalement chef du gouvernement sous la 4ème République.

Personnalité compétente, soucieuse de bien comprendre le fond des choses – son côté rationnel sans doute, il est médecin – mais pas seulement. Doué à l’évidence pour la négociation et capable de compromis, et apprécié pour cela par tous ceux qui l’ont côtoyé. Cette capacité à débattre pour rechercher le consensus lui a ouvert nombre de portes et lui a permis de régler de nombreux problèmes. La recherche de compromis a bien sûr chez lui des limites que l’on perçoit assez clairement quand on suit son parcours sous l’étiquette radicale-socialiste, un parti que l’on pourrait situer quelque part au centre de l’échiquier avec un léger tropisme vers la gauche, susceptible de s’allier tant avec son flanc gauche que son flanc droit.

Évidemment, si on est à la recherche de faits ou de détails croustillants, on sera largement déçu par le personnage ; car même s’il a été caricaturé, il n’a, à aucun moment, prêté le flanc à la critique et les Gala ou Voici de son époque n’ont jamais relevé chez lui le moindre pas de travers. La modestie est sa marque de fabrique.

1884   Naissance à Neuvic (19). Son père, François, est pharmacien et adjoint au maire de Neuvic, sa mère, Marie-Blanche de Masson de Saint Félix est originaire de Sornac.

1894   10 ans – Le décès soudain de son père en 1895 bouleverse l’équilibre familial. La famille s’installe à Tulle et les deux frères sont scolarisés au lycée qui deviendra le lycée Edmond Perrier, où il fait ses études secondaires

Élève brillant, Henri Queuille obtient le bac en 1902 et entreprend aussitôt après des études de médecine à Paris.

1904   20 ans – Sa mère décède en 1907 ce qui l’amène à interrompre sa préparation à l’internat de médecine. Il termine son doctorat et s’installe en 1908 à Neuvic comme généraliste. Il va exercer pendant 6 ans et se souvient de cette période particulière :

« C’était dur, croyez-moi d’être médecin de campagne à cette époque. Les chemins étaient épouvantables, il n’y avait pas le téléphone et il fallait se déplacer par n’importe quel temps, soit à pied, soit à bicyclette, soit à cheval ! C’est souvent qu’on venait frapper à ma porte, en pleine nuit, à deux ou trois heures du matin, pour me demander de me rendre d’urgence à Soursac, à Lamazière-Basse ou à Sérandon. Ah ! Il n’y a pas un carrefour, pas un coin de campagne, pas une maison auxquels je ne puisse accrocher un souvenir ! »

Par son dévouement et son humanisme, il va rapidement être connu comme «le bon docteur Queuille», surnom qui lui restera tout au long de sa vie. Les caricaturistes sauront exploiter ce qualificatif.

En 1912, il se lance en politique et se présente aux élections municipales. Il est élu maire de Neuvic pour ce qui sera un long bail, puisqu’il restera pendant 53 ans à ce poste. Son fils Pierre est né l’année précédente, ce qui fait dire à certains qu’il a été « père en 11, maire en 12« . Dans son premier discours de maire, on devine chez lui une personnalité modeste et respectueuse qui sait exprimer sa gratitude à ceux qui ont permis son élection et reconnaître la valeur du travail effectué par ses prédécesseurs, fussent-ils des adversaires sur un plan politique.

L’année suivante il sera élu conseiller général…

1914   30 ans – Il devient député de la Corrèze aux élections législatives du printemps 1914 à la suite d’un concours de circonstances favorables, sous l’étiquette du parti radical socialiste – ce parti connaîtra son apogée dans l’entre deux guerres – sur la circonscription d’Ussel. Note 2

La guerre survient quelques mois plus tard : engagé volontaire, il est en charge d’un hôpital militaire à Baccarat, en Meurthe et Moselle (54). Il commence quelques mois plus tard son activité de parlementaire et est déchargé provisoirement de ses obligations militaires. Mais à la suite de l’offensive allemande du début 1916, il est réaffecté sur le front à Verdun, puis sur la Somme. Il reçoit la croix de guerre en 1916.

Après 1918, il retrouve pleinement sa fonction de parlementaire. Ses judicieuses interventions à la chambre des députés seront remarquées et c’est sans doute ce qui explique son entrée en 1920 comme sous-secrétaire d’État à l’Agriculture dans le gouvernement d’Alexandre Millerand, date qui marque le véritable début de sa carrière politique au plan national.

1924   40 ans – Il conduit en Corrèze la liste du Cartel des gauches qui va obtenir la majorité au parlement et gouverner pendant quelques années avec Édouard Herriot en chef de file.

Reconnu comme spécialiste incontournable du domaine, il va être en charge du ministère de l’Agriculture à partir de 1924 pendant près de 4 ans, poste qu’il retrouvera entre 1932 et 1934.

Il sera un soutien constant du monde agricole et militera pour une généralisation de l’électrification des campagnes ainsi que pour la mécanisation accrue de cette activité. On lui doit aussi la création des chambres d’agriculture, de l’école supérieure du génie rural, de la caisse nationale du Crédit Agricole, des mutuelles et coopératives agricoles, le développement de l’enseignement agricole et de la recherche agronomique ainsi que son action pour le reboisement des forêts, l’utilisation des forces hydrauliques (ce qu’on appelle alors la «houille blanche»), etc. Il devra affronter les problèmes récurrents d’autosuffisance alimentaire en matière de céréales : le pain est un sujet majeur dans ces années-là.

Il sera nommé pour quelques mois à la Santé Publique ainsi qu’au ministère des Postes durant le second semestre 1932.

1934  50 ans – Il continue sa carrière au plus haut niveau et assure de nouveau les fonctions de ministre de la santé publique, puis des Travaux publics pendant une année pour retrouver l’Agriculture de 1938 à 1940

Ses qualités de loyauté, son souci constant de ne heurter personne et sa recherche constante de conciliation pour résoudre les difficultés, préférant le compromis à la querelle expliquent l’estime et la considération dont il jouit.Note 3

Au décès d’Henry de Jouvenel Note 4 en 1935, il prend sa suite en tant que sénateur de la Corrèze. Sent-il arriver la vague du front populaire ? Toujours est-il qu’il ne se représente pas aux législatives de 1936 et c’est le communiste M. Vazeilles qui lui succède à l’Assemblée.

Il retrouvera un poste ministériel à la mi-1937 dans le gouvernement Chautemps qui succède à Léon Blum, dans lequel il sera ministre des travaux publics. C’est à ce titre qu’il conduira durant l’été 1937 les discussions qui aboutiront à la création de la SNCF au 1er septembre 1937. En avril 1938, il est de nouveau nommé à l’Agriculture … Ainsi, entre 1920 et 1940, il aura été vingt-deux fois membre d’un cabinet ministériel, dont seize (!) fois à l’Agriculture.

Durant la période de guerre, il refuse de soutenir Pétain et se retire à Neuvic où il va s’improviser exploitant forestier et créer une entreprise de fabrication de charbon de bois destiné à alimenter les véhicules à gazogène. Un sujet qu’il connaît et auquel il s’est intéressé dans ses fonctions ministériel-les à l’agriculture…

Par l’intermédiaire de son fils Pierre, il tisse des liens avec la résistance et noue des contacts avec Londres. De Gaulle lui fait savoir qu’il souhaiterait l’avoir près de lui et Henri Queuille franchit le pas au printemps 1943 en s’envolant pour Londres. Mesurons le courage qu’il a fallu pour ainsi abandonner sa famille et se lancer dans une aventure incertaine alors qu’il a près de 60 ans ! Note 5

1944   60 ans – Il fait partie de l’état-major qui gravite autour du Gal de Gaulle lequel le nomme à la commission du débarquement en charge des mesures à prendre dès la libération du territoire ; quelques mois plus tard, il devient commissaire auprès du CFLN, le Comité Français de Libération Nationale, structure qui se transformera en 1944 pour devenir le premier Gouvernement Provisoire. Il en assurera la présidence par interim.

En désaccord sur le fond avec de Gaulle, il reprend sa liberté politique à la fin 1944.

Il va être réélu aux élections législatives de 1946 et prend alors la présidence du groupe parlementaire radical-socialiste à l’assemblée. Il devient ministre des Travaux publics, du Transport et du Tourisme dans le gouvernement Schuman en 1948.

À la suite de la chute de ce gouvernement, il est nommé président du Conseil en septembre 1948 : il a 64 ans. Dans son équipe, un nom encore peu connu même s‘il a déjà été ministre : F. Mitterrand, secrétaire d’État à l’information (voir un extrait de son allocution prononcée pour le second anniversaire du décès d’Henri Queuille en fin de page). Son bilan est jugé plutôt positif, marqué par le déblocage des fonds du plan Marshall, avec ses contreparties nécessaires qui étaient le redressement des finances et la maîtrise de l’inflation. Il sut également ramener l’ordre républicain mis à mal par une succession de grèves …

Il sera poussé à la démission en octobre 1949 mais retrouvera par deux fois ce même poste pour de courtes durées. Élément incontournable de cette 4ème République, il occupera le devant de la scène en alternant les fonctions de président (3 fois) et de vice-président du conseil (7 fois) entre 1948 et 1954. Durant cette période, il sera à plusieurs reprises en charge du ministère de l’Intérieur.

1954   70 ans – Tout doucement, il va se retirer de la vie politique. Élu pour la dernière fois député en 1956 pour deux années, il poursuit toutefois son mandat de maire de Neuvic Note 6

1964   80 ans – Il quitte son mandat de maire de Neuvic en 1965. Il décède le 15 juin 1970 à l’âge de 86 ans. Quelques mois avant le Gal de Gaulle …

Note 1 H. Queuille est censé avoir prononcé cette phrase assez étonnante : « il n’est pas de problème qu’une absence de solution ne finisse par venir à bout »

Note 2 Sa profession de foi pour les élections législatives de 1914 :

« Républicain par tradition comme l’étaient les miens, profondément attachés aux conquêtes de la République, j’ai toujours pensé que j’étais tenu de suivre les exemples de droiture politique et de fidélité à mes opinions que j’avais puisés dans ma famille, et que, pour arriver, je ne devais me prêter à aucune compromission. Je suis aussi de ceux, et j’en suis fier, qui n’ont jamais utilisé une parcelle de l’autorité que les électeurs leur avaient donnée, pour assouvir une basse vengeance ou satisfaire un intérêt électoral. Quant à mon idéal de ce que doit être la République, je le résume dans le désir de réaliser tous les espoirs qu’elle fait naître chaque jour, dans ce que ces espoirs ont de plus noble et de plus généreux. »

Note 3 d’après Jean Jolly, Dictionnaire des parlementaires français

Note 4 Henry de Jouvenel, journaliste, ministre, ambassadeur et accessoirement mari de l’écrivain Colette, est sénateur de la Corrèze entre 1921 et 1935.

Note 5 Voilà comment Edgar Faure rapporte avec humour cette épopée, l‘équipée courageuse de ce sexagénaire tranquille que de plus jeunes n’auraient pas osé entreprendre. Il écrit : « Le « père Queuille » ne tarda pas à apparaître. C’était le dernier personnage au monde que j’aurais imaginé en train d’attendre de nuit un bimoteur clandestin sur un coin de prairie balisé par des paires de draps ! »

Note 6 Déclaration recueillie à l’occasion de ses 80 ans : « Le mandat que je préfère est celui de maire de Neuvic, ma commune natale. Il m’a été confié il y a cinquante deux ans. Un maire peut transformer sa commune et voir les preuves de son activité. Il n’en est pas ainsi pour les mandats parlementaires, ministériels et pour le président du Conseil qui n’a pas souvent la satisfaction de réaliser, lui-même, une œuvre durable. »

Extraits de l’Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à la mairie de Neuvic, mardi 4 mai 1982

Monsieur le Maire, Mesdames et messieurs,

Voici que je retrouve à Neuvic d’Ussel des lieux que j’ai connus grâce à Henri Queuille, dans les années qui paraîtront aux plus jeunes déjà lointaines. L’un des responsables de la République, Président du Conseil, homme sage, écouté, plein de sensibilité et de finesse, Henri Queuille représentait déjà l’un de ceux vers lequel on se tournait lorsqu’on avait besoin d’un conseil et sur les intérêts de la patrie, et sur la gestion quotidienne des choses, des biens des collectivités locales.

En visitant ce musée, j’évoquais bien entendu des souvenirs personnels. Comment leur échapper ? Et je me souvenais de cette dernière visite faite ici même, dans cette maison où j’avais vu le président Queuille, vieilli mais encore présent. Il m’avait alors, je le crois, témoigné pour la dernière fois de son affection, mais aussi donné les conseils que j’attendais à partir de ses réalisations corréziennes et dont j’avais tant besoin dans l’exercice de mon propre mandat. Je me souviens d’y avoir vu madame Queuille dont la physionomie doit rester présente à nos mémoires et associée à celle de son mari.

Henri Queuille, homme politique, déjà éminent, qui s’était engagé pendant la première guerre mondiale, n’a pas hésité sur le chemin à suivre, lors de la deuxième guerre mondiale alors qu’il aurait pu être sollicité par la facilité et la compromission : il a rejoint Londres, la France libre, le Général de Gaulle.

Eh bien, Henri Queuille a toujours été là lorsqu’il le fallait, comme il le fallait. On le représentait souvent de façon caricaturale comme un homme un peu effacé avec son gentil sourire, avec ses traits parfaitement réguliers, difficiles précisément à saisir dans des expressions soit de grande éloquence, soit romanesques. Et pourtant pour ceux qui le connaissaient bien, il y avait bien des itinéraires qui permettaient de reconnaître en lui une qualité supérieure, une dimension intérieure dont il imprima, en diverses circonstances, les événements de notre histoire qu’il a vécus.

J’ai été retardé par le temps mais c’est un heureux temps puisqu’il va permettre à l’agriculture de cette région de sortir enfin de cette longue sécheresse. Il faut donc le considérer comme un signe de bienvenue, de chance et d’espoir.

Vive la République, vive la France !

 

SUITES (À VENIR PROCHAINEMENT) :

 chap 2 – H. Queuille, le ministre de l’Agriculture des années 20 

chap 3 – Henri Queuille, ministre polyvalent des années 30

chap 4 – H. Queuille, Président du Conseil

 chap 5 – H. Queuille le corrézien

Sources 

– musée départemental de la résistance ”Henri Queuille”, 21 rue du commerce, 19160 Neuvic

https://www.correze.fr/nos-missions/culture-patrimoine-sports/les-projets-et-lieux-culturels/le-musee-departemental-de-la-resistance-henri-queuille

https://www.neuvic-correze.net/article_31_1_musee-departemental-de-la-resistance-henri-queuille-_fr.html

– sites Internet de l’Assemblée Nationale et du Sénat

– site du quotidien La Montagne