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Personnalités

Personnalités

Une personnalité selon le dictionnaire c’est une « Personne qui s’impose par son influence ou qui fait autorité dans un domaine précis »

ou bien

 un « Caractère original qui différencie une personne des autres; aspect sous lequel on la considère. Affirmer sa personnalité; avoir une forte personnalité; manquer de personnalité« 

Voici quelques personnalités de la Corrèze, certaines connues, d’autres sans doute beaucoup moins :

 

 Patrick Boutot dit Patrick Sébastien

 

Né à Juillac en 1953, l’animateur Patrick Boutot, plus connu sous le pseudonyme de Patrick Sébastien, a été un joueur du club vedette de rugby de la basse-Corrèze, le C.A. Brive.

On trouve son nom dans les compositions de l’équipe de nationale B en 1972, puis en 1973; il fera une (seule) apparition en équipe première durant la saison 1973-1974. Toujours en 1973, il participera à la tournée que le club entreprend en Afrique du Sud et où il jouera un match en troisième ligne.

Il en a gardé une passion certaine pour ce sport. Les joueurs de son époque seront d’ailleurs invités dans une de ses émissions télévisées où il les présentera un à un devant la caméra.

Et il deviendra le président du club dans les années 1995-2000. Cette période connaîtra son apothéose en 1997 lors de la finale de coupe d’Europe, gagnée 28 à 9 contre Leicester alors que le club n’a jamais été champion de France. L’équipe sera encore finaliste de cette même coupe d’Europe l’année suivante contre Bath et sera battue seulement d’un petit point, 19 à 18.

 Cédric Villani

La Montagne en parle fort bien dans un article d’Éric Porte daté du 17 mai 2011 :

« Consacré au niveau mondial par la médaille Fields 2010, Cédric Villani, originaire de Brive, est revenu dans sa ville natale, mardi 17 mai, évoquer sa passion pour les mathématiques devant des lycéens et des enseignants

On peut être lauréat de la médaille Fields 2010, l’équivalent du prix Nobel de mathématiques, et rester humble. Après avoir résumé ses travaux devant un public de lycéens et d’enseignants, lundi 17 mai à la CCI, Cédric Villani a confié que «c’est juste une gouttelette dans l’océan de ce que l’on aimerait savoir».

Invité par le proviseur du lycée d’Arsonval, Cédric Villani a dit, photos de lui tout petit à l’appui, son plaisir de revenir sur sa terre natale. Un hasard, lié aux mutations professionnelles de ses parents, enseignants ; de la Corrèze, il garde l’image d’un «vert paradis», qu’il a dû quitter à l’âge de sept ans.

Il n’en dira pas plus, pour aborder rapidement sa passion pour les mathématiques et «leur caractère abstrait qui peut s’appliquer à l’échelle d’un neutron ou d’une galaxie. C’est leur magie».

Oui, la discipline est abstraite et préfère la logique à l’expérimentation. Mais elle décrit aussi notre monde : «Le petit théorème de Fermat, qui date de 1640, est aujourd’hui au cœur des codages et algorithmes qui font fonctionner nos cartes bancaires».

Son truc à lui, ce sont «les équations aux dérivées partielles». Ne comptez pas sur moi pour vous en dire davantage… Cédric Villani a travaillé dessus pendant dix ans pour finalement découvrir «une preuve mathématique qui a mis fin à 50 ans de controverse». La ténacité, c’est indéniablement une qualité fondamentale pour un chercheur en mathématiques, tout comme «la créativité et la rigueur».

Cédric Villani a interpellé son auditoire en évoquant «l’esthétique» de sa discipline : «C’est une combinaison harmonieuse de différentes parties, comme peuvent l’être les chapitres d’un roman ».

Des limites ? Ce sont celles imposées par notre cerveau, ou plutôt parce qu’on «n’est pas assez malin. Personne ne sait expliquer, d’un point de vue mathématique, pourquoi l’eau bout». Encore une chose qui rend humble.« 

Pour apprécier à sa juste valeur le quotidien de Cédric Villani, rien ne vaut la lecture d’un passage de son livre Théorème vivant publié en 2012 au sujet de l’équation de Boltzmann :

« Supposons que les conditions rasantes sont bien présentes, d’accord ? Un modèle sans cut-off. Alors l’équation se comporte comme une diffusion fractionnaire, dégénérée bien sûr, mais quand même une diffusion, et dès qu’on a des bornes sur la densité et la température, on peut se lancer dans un schéma itératif à la Moser, adapté pour tenir compte de la non-localité. »

Ça demande bien une deuxième lecture au minimum, pour comprendre de quoi il retourne !

 Gabrielle Chanel dite Coco Chanel

Née en 1883, Gabrielle Chanel a été pensionnaire à l’abbaye d’Aubazine de 1895 à 1901; un séjour qui l’aurait profondément influencée selon la biographie d’Edmonde Charles-Roux.

En 1895, Jeanne Devolle meurt à Brive des suites de complications bronchiques causées par l’asthme à seulement 33 ans.

Sa seconde fille, Gabrielle, ainsi que ses frères et sœurs se retrouvent orphelins.

Son père, Albert Chanel, plus préoccupé par son métier de commerçant itinérant que par ses enfants, fait placer – on pourrait même dire abandonne – ses filles dans un orphelinat, à l’abbaye d’Aubazine.

La future Coco Chanel qui n’a alors que 12 ans, passera là 6 années de sa vie avec ses sœurs Julia et Antoinette.

Les sorties sont rares et pendant les vacances, les pensionnaires sont envoyées à Spontour, une école ménagère tenue par des sœurs de Mauriac

Tout au long de ces années de pensionnat, elle va apprendre la couture, la religiosité, la discipline.

À l’évidence, ces années passées dans cet orphelinat exigeant vont l’influencer durablement et certains, comme Edmonde Charles-Roux qui a écrit une biographie de Coco Chanel, affirment en retrouver la trace dans plusieurs de ses créations :

– la sobriété des lieux, la pierre, le blanc et le noir comme seules couleurs, le dépouillement des lieux auraient largement influencé Coco Chanel dans le dessin de ses créations.

   

– la forme du logo de la marque – deux C entrelacés – serait inspiré, du moins pour ce qui est de la forme, des vitraux de l’abbaye d’Aubazine;

– même chose pour le dessin du chiffre 5 de son célèbre parfum, qui recopierait ce qu’elle a pu voir de près, dessiné dans le pisé des couloirs des dortoirs de l’orphelinat d’Aubazine.

Gabrielle Chanel a été d‘une discrétion à toute épreuve sur ses années d’orphelinat. Sans doute gardait-elle un ressentiment profond de son séjour en ces lieux et ce qui l’y avait conduit, c’est à dire son abandon par son propre père.

Toujours est-il que deux décennies plus tard, elle aura atteint les sommets de la notoriété en imposant son style, qui derrière une apparente simplicité, propose une nouvelle image de la femme et de la mode féminine, plus androgyne, plus pratique, plus chic. Elle sera l’emblème de la haute couture Française pendant près de 40 ans, entre 1920 et 1960. Succès juste éclipsé un temps après guerre, en raison des liens qu’elle aurait noués avec l’occupant nazi.

Ouvrages consultés :

Coco Chanel d’Henry Gidel éditions Flammarion 2000

L’irrégulière Edmonde Charles-Roux 1974

 

 Henry de Jouvenel

(de son vrai nom Jouvenel des Ursins, famille originaire de Champagne)

Après avoir débuté comme chef de cabinet dans deux ministères, il se tourne vers le journalisme et devient rédacteur en chef au quotidien Le Matin en 1906, avant de faire une carrière politique d’envergure. Le Matin est alors un quotidien à grand tirage, l’un des plus importants en France.

Il a déjà deux fils quand il rencontre en 1912, l’écrivain Colette qui collabore au quotidien. Elle séduit celui qu’elle surnomme Sidi et bientôt s’installe en Corrèze à Castel Novel, dans le château des Jouvenel à Varetz.

Leur fille, prénommée Colette, surnommée Bel Gazou, naît le 3 juillet 1913 ,

Pendant la guerre, Henry de Jouvenel est mobilisé dans l’infanterie puis assure une mission diplomatique à Rome.

Après la guerre, Henry de Jouvenel commença une carrière politique comme son grand-père Léon qui avant lui avait été député de la Corrèze à deux reprises. Sénateur de la Corrèze de 1921 à 1933, ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts en mars 1924 et enfin haut-commissaire de la République française en Syrie et au Liban. Il prit part à la réorganisation de ce pays qui conduisit à la proclamation de la république du Liban.

Dans l’intervalle, en 1923, Colette se sépara de lui (après avoir entretenu une liaison avec son fils Bertrand de Jouvenel, issu de son premier mariage… 🙃)

Ce proche d’Aristide Briand milita pour la paix.

En 1932 et 1933, il sera ambassadeur de France en Italie où il renouera en quelques mois des relations amicales avec le régime de Mussolini. Il sera ensuite nommé ministre de la France d’Outre-mer, en 1934, et assurera plusieurs fois la fonction de délégué de la France à la Société des Nations.

C’est aussi, on l’a oublié, un grand promoteur du tourisme en Corrèze : il présidera jusqu’à sa mort la Fédération des syndicats d’initiative du Limousin du Quercy de la Marche et du Périgord et rédigera de nombreux articles pour les guides. Le voyage qu’il organise pour Poincaré à travers la Corrèze a de gros retentissements pour la région.

Il parle souvent de la Corrèze et avec éloquence. Le 25 août 1935, il inaugure la table d’orientation des Monédières au Suc au May : « Nous sommes venus ici, respirer en ces lieux, l’air pur de la liberté ». Amoureux des traditions de la Corrèze (il aimait particulièrement Collonges-la-Rouge), Henry de Jouvenel en est le promoteur et l’ambassadeur auprès des Parisiens et des étrangers.

Sources : https://www.landrucimetieres.fr/spip/spip.php?article4152

 Colette

Ses épisodes corréziens sont évoqués ici et

 Jean Ségurel

Célèbre musicien accordéoniste, né à Chaumeil en 1908, décédé en 1978. Auteur entre autres, du célébrissime titre « Bruyères corréziennes« , un hit assez énorme. Il est aussi connu pour avoir crée en 1952 la course cycliste, le Bol d’Or des Monédières, qui connut des vainqueurs prestigieux : Fausto Coppi, Geminiani, Anquetil, Poulidor, Fignon, Virenque, Jalabert, etc

   

Lina Margy (de son nom Marguerite Verdier) née aussi en Corrèze, à Bort les Orgues, fut une chanteuse connue. Son plus grand succès fut Le petit vin blanc mais aussi, on le sait moins, elle interpréta Voulez-vous danser grand-mère que l’on attribue plus volontiers à Chantal Goya.

 

 Éric Rohmer

Jean Marie Maurice Schérer, dit Éric Rohmer, né à Tulle en 1920 (décédé en 2010). Ancien élève du lycée Edmond Perrier.

Après avoir débuté en tant qu’enseignant (professeur de lettres), Eric Rohmer va se diriger vers le cinéma; il sera directeur de La Gazette du cinéma en 1950 et fera la connaissance de Godard, Truffaut et Chabrol. Ce groupe de futurs réalisateurs intègre rapidement les Cahiers du cinéma, dont Rohmer sera rédacteur en chef de 1957 à 1963.
Il réalise son premier long métrage en 1959.

En 1962, il entame un cycle baptisé Contes moraux. On trouve dans ces intrigues sentimentales les thèmes favoris du cinéaste (la tentation de l’infidélité, le destin) ainsi que le style qui fera sa marque, entre légèreté et sophistication, dialogues littéraires et mise en scène épurée. Ma nuit chez Maud (1969), et Le Genou de Claire (1970, Prix Louis-Delluc) sont particulièrement remarqués.

 Le cinéaste indique avoir choisi le pseudo d’Éric Rohmer parce qu’il lui plaisait bien, pour sa sonorité (Cf Wikipedia)

La médiathèque de Tulle porte son nom.

https://www.lamontagne.fr/paris-75000/loisirs/il-y-a-50-ans-rohmer-tournait-ma-nuit-chez-maud-dans-la-region-de-clermont-ferrand_13089878/

https://www.lamontagne.fr/tulle-19000/loisirs/une-annee-eric-rohmer-a-tulle-sa-ville-natale-pour-le-centenaire-de-sa-naissance_13720195/

 Anny Duperey, Nivelle et d’autres …

L’actrice Anny Duperey demeure fréquemment en Creuse et a noué des liens étroits avec la commune de St-Hilaire-Luc près de Neuvic) – voir sur le site de la commune, son éloge de cette commune et de ses habitants :

http://www.sainthilaireluc.fr/

https://www.lamontagne.fr/neuvic-19160/loisirs/dans-le-bourg-de-saint-hilaire-luc-un-espace-culturel-a-ete-inaugure-avec-anny-duperey_12924232/

https://www.lamontagne.fr/saint-hilaire-luc/2015/03/11/des-lectures-poetiques-avec-anny-duperey_11358844.html

Henri Cueco, peintre né à Uzerche (Les hommes rouges, le grand méchoui, les chiens qui sautent, onze variations sur le thème du radeau de la méduse …) ; son épouse Marinette Cueco est une artiste plasticienne

https://www.lamontagne.fr/clermont-ferrand-63000/actualites/le-peintre-henri-cueco-en-quelques-mots_12322087/

Robert Georges Nivelle né à Tulle en 1856 ; un temps à la tête des armées françaises durant la première guerre mondiale, en remplacement de Joffre. Il dirigea l’offensive sanglante du chemin des Dames en 1917 dont l’échec conduisit à son remplacement par Philippe Pétain

Joseph Souham : né à Lubersac en 1760, il fut un maréchal d’empire

Marcel Treich-Laplène: né à Ussel : explorateur de ce qui deviendra la Côte d’Ivoire. Il sillonnera le pays dont seule la bande littorale est connue afin de conclure des traités avec les chefs de tribus. Il en deviendra finalement administrateur. Malade, il décède prématurément à l’âge de 30 ans en 1890.

   

Eugène Freyssinet : né à Objat, polytechnicien, inventeur du béton précontraint qui représenta une révolution dans la technique de construction d’ouvrages en béton.

La précontrainte consiste à mettre en compression une poutre béton sous l’effet de la tension de câbles préalablement mis sous tension, puis libérés. Les câbles transmettent alors leur contrainte au béton et le compriment : la poutre est alors susceptible de supporter des charges plus importantes qu’avec un ferraillage classique.

https://www.lamontagne.fr/objat-19130/actualites/anniversaire-de-la-disparition-deugene-freyssinet_1193002/

https://www.lamontagne.fr/moulins-03000/loisirs/a-moulins-allier-l-arche-dessai-de-l-ingenieur-freyssinet-inscrite-aux-monuments-historiques_14078216/

Tornade Pierre : pseudo de Tournadre né à Bort les Orgues ; comédien

Louis Neel, prix Nobel de physique en 1970 pour ses travaux sur le magnétisme, créateur du centre d’études nucléaires de Grenoble, est décédé en 2000 à Brive. La seule chose qui l’attachait à la ville semble être une de ses proches, qui avait été enseignante dans cette ville.

Marius Vazeilles  :

Un homme aux multiples talents, un écologue avant l’heure.

Garde forestier puis ingénieur du génie rural, il sera chargé par Henri Queuille d’étudier les possibilités d’aménagement et de reforestation du plateau de Millevaches (l’idée sous-jacente est d’occuper les prisonniers de guerre à cette entreprise…)

Il est député du front populaire de 1936 à 1940,

passionné d’archéologie, c’est lui qui entreprendra les premières fouilles sur le site des Cars à St Merd-les-Oussines en 1936, puis dans la période d’après guerre.

Un musée portant son nom regroupe ses collections archéologiques à Meymac.

C’est aussi un pépiniériste et un expert forestier reconnu qui participera à l’introduction du pin Douglas sur le plateau de Millevaches.

Christian Binet , auteur de Kador et des Bidochon, deux séries Bd humoristiques et caustiques, est né à Tulle

Antoine Paucard , sculpteur et poète ; né à Saint-Salvadour. Une personnalité atypique, tour à tour paysan, terrassier, maçon. Il a laissé une soixantaine de sculptures représentant des personnages historiques dans le musée qui lui est consacré à Saint-Salvadour.

À proximité du village, un monolithe imposant porte une plaque de marbre sur laquelle est gravé un poème à la gloire de Sedullix, chef gaulois de la tribu des Lemovices, cité par César dans ses commentaires de la guerre des Gaules

http://payslimousin.canalblog.com/archives/2012/11/22/21100998.html

 

Merci au journal La Montagne, toujours bien renseigné et riches d’articles intéressants et bien documentés !

Colette

Colette

 

Colette est déjà un auteur reconnu lorsqu’elle rencontre le baron Henry de Jouvenel, journaliste, homme politique … et propriétaire d’un domaine en Corrèze à Varetz, lieu-dit Le Castel Novel. Leur fille Colette, née en 1913 et surnommée « Bel Gazou« , passera sa jeunesse et les années de guerre à cet endroit. Colette séjournera à Castel Novel à de nombreuses reprises; ses écrits en gardent la trace :

 

LA CORRÈZE :

Colette se plaira beaucoup dans ce château et trouva la région très belle; elle dira même « Qu’est-ce qu’on va donc voir en Suisse qui soit aussi beau ? Je n’avais pas idée de cette Corrèze là je t’assure…»

LES FOINS :

Ici, dès l’arrivée, on sent le cours de la vie, ralenti, élargi, couler sans ride d’un bord à l’autre des longues journées. Juillet : l’herbe a fini de croître, la feuille ne grandit plus, les couvées emplumées ont pris leur vol ; l’été, à son apogée, semble mourir d’une fastueuse mort, arrêté en pleine richesse par la flèche d’un soleil sans merci.

Comme il resplendit, ce juillet limousin, aux yeux sevrés depuis trois ans de son azur, du vert, du rouge de sa terre sanguine ! Chaque heure fête tous les sens. Un son, nombreux comme le battement du sang dans la conque des oreilles, accourt de tout l’horizon visible, s’étale en nappe d’harmonie égale, nourrie, que crèvent de moment en moment le cri d’un coq, un meuglement nonchalant, une cigale, un geai … Au bord de la rivière, les vernes à la feuille froide protègent la reine-des-prés, le chanvre rose et la saponaire si mêlés qu’on cueille ensemble leurs tiges amères et leur bouquet un peu fade, blanc, rose et mauve ..

Un sentier, que la menthe argente, est une voie de parfums …

Épargnées ? Hélas ! Le foin est encore sur les prés, debout ici, couché par vingt averses, ailleurs fauché et jaunissant. Les pluies tardives sont taries enfin, et les femmes, les vieillards, se lamentent sans paroles devant un trésor que des bras d’hommes devraient sans délai étreindre, lier, abriter dans les fenils embaumés – et des bras d’hommes robustes et rapides ! Parfois la faux suffit, mais souvent l’herbe consternée réclame l’antique faucille. Des bras d’hommes, pour râteler et charger, entre deux orages, la toison coupée de ces longs prés de rivière.

Victorieuses jusqu’à présent, les femmes, pliant sous l’excès de travail, diminuées par la solitude, sont près de faiblir. Juin ruisselant a mis en péril la vie, vienne l’hiver, du bétail et des chevaux.

Les secours sont trop rares et tardent trop.

Pourtant nous avons l’exemple des râteleurs enfants, qui, tous, travaillent aux foins qu’on a pu faucher. Dix ans, celui-là ? Et huit ans, celui-ci ? Peut être moins. Mais regardez donc ce vieux faneur, suivi, comme de son ombre courte, d’un marmot de quatre ans, qui manie un râteau à sa taille …

BEL GAZOU FRUIT DE LA TERRE LIMOUSINE

Aujourd’hui, le matin promet une journée sans nuages, d’été limousin ; la brise haute touche à peine les cimes des arbres ; le mordant soleil rougit l’épaule sous la mousseline, le bars nu et le pied dans la sandale. Il fait beau et j’ai la main de Bel Gazou dans ma main.

Bel-Gazou, fruit de la terre Limousine ! Quatre étés, trois hivers, l’ont peinte aux couleurs de ce pays. Elle est sombre et vernissée comme une pomme d’octobre, comme une jarre de terre cuite, coiffée d’une courte et raide chevelure en soie de maïs, et dans ses yeux, ni verts, ni gris, ni marrons, joue, marron, vert, gris, le reflet de la châtaigne, du tronc argenté, de la source ombragée …

BEL-GAZOU ET LE CHAPERON ROUGE

Bel Gazou tu ressembles aussi au petit Chaperon-Rouge, tu sais le Chaperon-Rouge qui portait à sa mère-grand un pot de beurre et une galette ?…

Bel-Gazou lève son nez duveté et ouvre ses yeux si forts que ses cils touchent ses sourcils.

– une galette ? Une comment, galette ?

– une galette .. heu … feuilletée ..

La menotte dure quitte ma main et claque une cuisse nue :

– une galette ! Et on ne l’a pas dit au maire ?

– au maire ? Pourquoi ?

– Fallait le dire au maire !

Bel-Gazou désigne, à travers les branches, les tuiles brunes d’un village :

– au maire, là-bas ! .. C’est défendu la galette, à cose de la guerre.

– Mais ..

– et le maire il aurait venu trouver le Chaperon-Rouge et il aurait dit : « Monsieur, je vous réqui .. réqui .. réquiquisitionne votre galette ! On prend pas la farine pour faire la galette pendant la guerre ! Et vous payerez mille sous ! Et c’est comme ça ! »

BEL GAZOU ET LA VIE CHÈRE

– Mais voyons, Bel-Gazou, le Chaperon-rouge c’est une histoire très vieille ! À ce moment-là il n’y avait pas la guerre !

– Pas la guerre ? Ah ? Pourquoi il n’y avait pas la guerre ?

Le nez charmant se baisse, se lève, la petite main reprend la mienne, mais le pas ralenti de Bel-Gazou, un saut, deux sauts de chevreau irrésolu disent le doute, l’impuissance devant le mystère : « Pas la guerre ? » C’est vrai, elle ne peut pas imaginer … En août 1914, elle avait douze mois.

L’orée du bois nous rejette dans un bain éblouissant de lumière, d’herbe chaude, d’odeurs animales et potagères : la ferme est là. Aux cris de héraut de Bel-Gazou répondent ceux des coqs, des cochons, des dindons sanglotants et des chiens de troupeaux …

– Petits, petits, petits ! Glapit Bel-Gazou. Eh ! Les povres petits !

Et un moment elle est environnée de poules, becquetée de pintades, et voici que cinquante poussins déjà emplumés, un peu jaunes encore aux commissures du bec, l’ont envahie jusqu’aux épaules. Tantôt elle les secoue d’elle et tantôt elle les encourage. Elle est rouge d’orgueil et rit avec sévérité. Un petit Dieu charmeur d’oiseaux … L’enfance du saint qui parlait aux abeilles … Mowgli de la jungle limousine …

Des plaintes de volailles jugulées coupent mon extase maternelle et littéraire. Bel-Gazou a saisi par les pattes le plus gros poulet qui piaille, tête en bas, ailes ouvertes :

– Bel-Gazou ! Chérie ! Tu lui fais mal, lâche-le !

Bel-Gazou, avant de répondre et d’obéir, avance une lippe importante :

– Je ne lui fais pas du mal, je le pèse.

– il n’a pas besoin que tu le pèses.

– Si, il a besoin. Quand il sera lourd, lourd, lourd, il ira au marché. Et on le vendra cher, cher, cher !

– Combien ? Tu ne sais pas combien ?

– Si, je sais.

– Dis-le ?

– Trois .. cent .. non, six .. quarante-douze mille … francs. Et encore quat’ sous de plus, même ! Té, ce qu’elle renchérit, la volaille !

Extraits de Bel-Gazou et la vie chère, paru dans La Baïonnette, 1918, repris dans Les heures longues

La Corrèze au travers des timbres – 4

La Corrèze au travers des timbres – 4

Timbres d’ici et d’ailleurs :

Alain Mimoun : 4 fois médaillé olympique, un record : trois médailles d’argent à Londres en 1948 sur 10000 m, à Helsinki en 1952 sur 5000 et 10000,  à chaque fois derrière l’inaccessible tchèque Emil Zatopek et vainqueur du marathon à Melbourne en 1956. Attaché à la Corrèze par son mariage, il va œuvrer pour la création et le développement du centre national d’entrainement de Bugeat qui porte son nom.

Mme de Pompadour, Jeanne Antoinette Poisson à l’état civil.

À peine a-t-elle fait connaissance en 1745 avec le roi Louis XV à l’occasion d’une fête, que celui-ci lui offre le domaine de Pompadour qu’il a acquis peu de temps auparavant auprès d’un de ses cousins, le prince de Conti. Elle n’a que 24 ans et prend alors le titre qui va avec le domaine, de Marquise de Pompadour.

On dit qu’elle ne se serait jamais rendu sur les lieux, ce qui est à tout le moins étonnant … Mais peut être était-il risqué de s’absenter ne serait-ce que quelques jours de la Cour ?

Elle créera un haras privé qui sera à l’origine du haras royal, plus tard haras national.

Elle ne restera la maîtresse du roi que durant quelques années mais deviendra par la suite sa favorite et sa conseillère la plus influente, sur le plan politique où elle favorisera un rapprochement avec l’Autriche, mais aussi culturel, puisqu’elle apportera tout son soutien à Montesquieu, Diderot, d’Alembert et Voltaire.

Jacques Chirac :

député de la Corrèze pendant 17 ans,
ministre pendant 7 ans,
premier ministre : 4 ans,
maire de Paris durant 18 ans
et Président : 12 ans de 1995 à 2007.

Une très longue carrière politique, commencée réellement en 1967 lorsqu’il est élu député de la circonscription d’Ussel.

Marcel Treich-Laplène :Né à Ussel en 1860 ; il est le fils d’un notaire, en son temps maire d’Ussel. Après ses études, il suit son père en Algérie où il fait son service militaire. Au décès de son père, il revient en France et le hasard lui fait alors rencontrer un nommé Arthur Verdier, armateur Rochelais et en même temps administrateur colonial et qui possède des comptoirs en Afrique, dans le golfe de Guinée. Et le jeune Treich-Laplène va entrer à son service en 1883 et dans un premier temps s’occuper d’une plantation de café. Puis il assurera l’interim d’un autre administrateur Amédée Brétignère.

Il va être amené à conduire des missions d’explorations à l’intérieur des terres de ce qui n’est pas encore la côte d’Ivoire, afin de nouer des alliances et des accords avec les chefs des tribus locales afin de matérialiser la présence française, qui essaye de faire face à la poussée colonialiste des anglais. Il va ainsi procéder à plusieurs expéditions, en 1887 notamment, au cours desquelles il contactera de multiples alliances … mais aussi la malaria. Il est nommé administrateur colonial, décoré de la légion d’honneur mais décédera de la maladie en 1890. Il est considéré comme le fondateur de la Côte d’Ivoire, qui deviendra officiellement une colonie française en 1893.

Coco Chanel
À la suite au décès de sa mère en 1895, Gabrielle Chanel qui n’a alors que 12 ans arrive à Aubazine et sera prise en charge à l’abbaye où elle recevra, jusqu’à l’âge de 18 ans, un enseignement à la fois religieux et pratique. Cet épisode de sa vie sera décisif pour son avenir.

 

Colette Colette séjournera en Corrèze, à Varetz, pendant de courtes périodes à partir de 1911 et son mariage avec Henry de Jouvenel. Elle y découvre les joies d’une vie simple, à la campagne, avec sa fille Bel-Gazou. Elle reviendra en Corrèze 25 ans plus tard, au moment de la débâcle, mais ce sera à Curemonte où sa fille s’est installée, et où elle séjournera un court moment avant de continuer sa route vers le Sud avec son nouveau mari.
Un magnifique jardin lui est consacré à Varetz.

Un extrait de ses écrits sur la Corrèze :  Colette et la Corrèze

Simone de Beauvoir :

Ses séjours à Saint Ybard durant les vacances d’été, dans la maison et le parc magnifiquement arboré de Meyrignac appartenant à son grand-père, lui ont laissé un souvenir fort. Un coin de Corrèze qu’elle évoque à plusieurs reprises dans Mémoires d’une jeune fille rangée.

Un circuit pédestre aux abords d’Uzerche lui est dédié.

Elle a raconté ces moments heureux passés lors de ses séjours en Limousin : Souvenirs de Corrèze

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Ils ont passé en Corrèze

Ils ont passé en Corrèze

Célébrités ayant séjourné en Corrèze

Colette : après sa rencontre avec Henri de Jouvenel, elle passe de longs moments en Corrèze, à Castel Novel, le château des Jouvenel. En 1913, à 40 ans, elle donne naissance à sa fille, prénommée Colette et surnommée « Bel Gazou »; laquelle restera durant les années de guerre à Varetz sous la surveillance d’une nurse, sa mère ayant regagné la capitale. Elle reviendra en Corrèze, à Curemonte cette fois, au moment de la débâcle, à l’été 1940, durant lequel elle séjournera chez sa fille, dans un des deux châteaux appartenant aussi aux Jouvenel.

Malraux : en décembre 1942, il s’installe avec son épouse du moment, Josette Clotis, à St Chamant. Après l’arrestation de deux de ses frères, il entre dans le maquis en 1944 sous le pseudonyme de « Colonel Berger ». Son épouse mourra tragiquement dans un accident, happée par un train en gare de St Chamant…

Henri Troyat : il fit de nombreux séjours à Bugeat d’où était originaire son épouse. Le village et ses habitants auraient fortement inspiré sa série « Les semailles et les moissons », parue en 1953

Hillary Clinton : en 1998, Mme Clinton se rend sur les terres de Bernadette Chirac où elle va découvrir le fonctionnement de la démocratie locale en visitant le conseil général puis le canton de Corrèze. Une belle opération de com de la part de Bernadette Chirac