Catégorie : PATRIMOINE

Dolmens et autres monuments mégalithiques en Corrèze

Dolmens et autres monuments mégalithiques en Corrèze

Sources :

1– Philibert Lalande, Mémoire sur les monuments préhistoriques de la Corrèze, In : bulletin annuel de la Société historique et scientifique de Saint-Jean d’Angély, 1867

2MM. Henri Martin, Gabriel De Mortillet, Salmon, Chantre, Cartailhac, Louis Leguay. Inventaire des monuments mégalithiques de France. In: Bulletins de la Société d’anthropologie de Paris, III° Série. Tome 3, 1880

3– Victor Forot, Richesses monumentales et artistiques du département de la Corrèze, 1913

 

Dans ce domaine, la Corrèze ne peut se comparer à la Bretagne ou à la partie sud du Massif Central, régions très denses en monuments mégalithiques comme le montre la carte ci-dessous, établie à partir du recensement figurant dans la document :

On constate que la répartition suit un arc qui va du Languedoc et du sud-ouest du Massif Central à la Bretagne; a contrario, le Nord, l’Est de la France, le Sud-Ouest sont des régions quasi dépourvues de monuments de ce type

 

Néanmoins, plusieurs dizaines de ces vestiges – 30 selon le recensement de 1880 – sont visibles sur le département. Certains sont répertoriés comme Monuments Historiques : c’est le cas des dolmens de Beynat, Espartignac*, Lamazière-Haute* et St Cernin de Larche*, des menhirs d’Argentat et de St Cernin de Larche ainsi que le cromlech d’Aubazines*.

* voir illustrations plus loin

Un dolmen — du breton toal qui signifie table et men signifiant pierre — est un monument mégalithique (de mega : grand et lithos : pierre) édifié sans l’aide d’un quelconque liant. Il est simplement constitué de plusieurs pierres verticales, les orthostates, supportant une pierre plate, la table. Bien que de nombreux dolmens soient, à ce jour, visibles hors sol, ils auraient été recouverts à l’origine d’un monticule de terre nommé tumulus ou de pierres formant un cairn.

Les dolmens auraient été, selon les préhistoriens, des monuments funéraires, des sépultures collectives, érigés dans la seconde moitié du néolithique, entre -5500/-5000 et -2000 av JC, cette période coïncidant plus ou moins avec l’âge du cuivre (calcolithique) qui s’étend de -3000 à -1800 et précède l’âge du bronze en Europe.

On peut imaginer les difficultés rencontrées par les hommes pour édifier de tels structures : le poids d’une table (dimensions courantes : 2,0 m x 1,0 m x 0,40 m) est de l’ordre de 2,5 tonnes !

Un menhir est une pierre dressée : le terme «menhir» est construit à partir du breton maen, «pierre», et hir, «longue». D’autres dénominations peuvent se rencontrer, par exemple : L’ancien nom breton des menhirs était « peulvan » ou « peulven »; le toponyme Peyrelevade (en langue d’oc : pierre levée), est fréquent en Corrèze et ailleurs

La fonction du menhir n’est pas connue … était-ce un monument servant à signaler un lieu de rassemblement, à caractère religieux ou autre ? Ils devaient avoir une grande importance pour les peuples de cette époque pour qu’ils aient déployé autant d’énergie à ériger de telles masses : le grand menhir de Locmariaquer dans le Morbihan pesait aux alentours de 300 tonnes !

Les cromlechs (parfois orthographié cromlec’h) ou cercles de pierres, sont des arrangements de (petits) menhirs en cercle avec parfois, un menhir placé en son centre. Le plus connu de tout les cromlechs est celui de Stonehenge, en Angleterre. Une version plus modeste est visible en Corrèze, au dessus d’Aubazines, au Puy de Pauliac

 

Mettons fin à un début de légende créée de toute pièce par MM. Goscinny et Uderzo : dolmens et menhirs n’ont pas de rapport avec la civilisation gauloise, contrairement à ce que laisserait supposer la lecture de leur célèbre série Bd où l’on voit Obélix diriger une entreprise florissante d’extraction de menhirs (« Obelix et Compagnie« )

 

 

Ainsi que le montre la frise ci-dessous, ces monuments ont, en réalité, été érigés par des populations pré-celtiques bien antérieures aux Gaulois et dont nous ne savons rien

 

À la poursuite des dolmens de Corrèze

En parcourant la Corrèze, on peut, si l’on est chanceux et persévérant, découvrir quelques-uns de ces mégalithes, pour la plupart situés en basse Corrèze, celui de Lamazière-Haute constituant l’exception qui confirme la règle.

Le chercheur de dolmens et menhirs ne doit pas partir sans se munir des équipements nécessaires à sa quête : une boussole et une carte IGN au 25000ème, indispensables pour localiser les vestiges, le fléchage pouvant être imprécis; des chaussures de marche ou de randonnée, car il est assez rare que les dolmens soient implantés au bord des routes et autoroutes, encore qu’il y a des exceptions;

Le beau temps est un allié précieux et consulter la météo avant de prendre le départ pour s’en assurer est donc essentiel.

Dans la panoplie d’outils à emporter, il faut prévoir l’incontournable appareil photo avec sa carte mémoire neuve et sa batterie bien chargée, et, pour les puristes, un mètre qui permettra de prendre les mensurations des différents éléments composant le mégalithe : hauteur, largeur, tour de taille.

Les plus professionnels emporteront avec eux un stock de carbone 14 pour dater les ossements …

Voici un échantillon photographique de ces monuments que j’ai découverts à mes risques et périls au cours de randonnées, parfois à vélo, le plus souvent à pied.

 

– à Aubazines : le dolmen d’El Bos Ayretié; effectivement situé en plein milieu d’un bois; attention, à la saison des champignons, on peut même trouver des cèpes dans son voisinage; ou des châtaignes si l’on fait la visite à l’automne …

– toujours à Aubazines, un peu plus haut en direction du Puy de Pauliac : le seul cromlech identifié en Corrèze : un cercle de 35 m de diamètre environ, matérialisé par des menhirs de petite taille et comportant, en son centre, un menhir de grande taille, aujourd’hui couché et cassé en 2 parties. Comme le dolmen, il est pas mis en valeur, sans la moindre information à caractère archéologique sur place; dommage !

– à Estivaux, lieu-dit Peyrelevade (« pierre levée« ); en bordure d’une route, en plein milieu d’un champ, un dolmen daté de 2700 av J.C. selon la plaque d’identité. Le nom du lieu-dit pourrait laisser penser qu’autrefois il pouvait y avoir des menhirs à cet endroit …

 
– à Lagraulière, lieu-dit Joujou (sic) : difficile à trouver, masqué qu’il est par un grand hangar agricole.

– à Lamazière-Haute, lieu-dit Le Chevatel : le plus photogénique; en contrebas d’un chemin, il est facilement accessible. Protégé par quelques arbres, l’emplacement est un lieu idéal pour pique-niquer par une chaude journée d’été au milieu d’une randonnée !

– à St Cernin de Larche : près du lac du Causse, lieux-dits La Palein et La Chassagne. Il faut s’employer pour grimper depuis le centre du village jusqu’aux sommets qui surplombent le causse, mais ensuite on découvre sur le plateau ces deux monuments, à faible distance l’un de l’autre. Ils sont tous deux situés au centre d’un tumulus (élévation de terrain constituée d’un mélange de pierres et de terre).

 
– à Espartignac, sur un surplomb de la Vézère et caché par la végétation plutôt dense, un édifice qui ressemble à un dolmen mais qui n’en serait pas un selon certaines sources… Il est quand même classé comme tel par les Monument Historiques sous l’appellation « la maison du Loup« 

– à Seilhac, une pierre de très grandes dimensions, la « Pierre Bouchère«  au lieu-dit le Puy des Ferrières; il faut aller jusqu’au sommet, contourner le relais de télécommunications par la gauche et s’enfoncer dans le sous bois pour découvrir cet énorme bloc monolithe. Son nom donne une idée de l’usage qui pouvait en être fait

– à Ste Fortunade, hameau de Clairfage : un dolmen existait jusqu’à une époque assez récente; il aurait été détruit malencontreusement par le propriétaire des lieux pour des motifs peu clairs dans les années 30 (voir le récit assez amusant ou affligeant, c’est selon, qu’en fait Marius Vazeilles, spécialiste de l’archéologie locale, écologue et expert forestier)

 Le dolmen de Sainte Fortunade selon une carte postale, datant du début du XXè siècle :

 
– à St Augustin, en bordure du D 173, une pierre dédiée à Sedulix; c’était, si l’on en croit le texte figurant sur la plaque, un chef de guerre gaulois .. Il aurait selon certains, apporté son appui à Vercingétorix pour finalement périr à Alésia. Et effectivement, ce personnage est évoqué par César sous le nom de Sedullus dans la guerre des Gaules. C’est Antoine Paucard, sculpteur et poête local qui a fait dresser ce monolithe commémoratif dans les années 20 et s’est chargé d’écrire l’hommage (et au passage, a changé le nom de Sedullus en Sedulix au motif qu’un nom gaulois ne pouvait que finir par la terminaison « ix« )

 

Pour en savoir plus sur Ötzi, « l’homme des glaces » :

http://www.hominides.com/html/ancetres/otzi.php

 

 

 

Toponymie

Toponymie

La toponymie (du grec topos, lieu, et onoma, nom) est la science des noms de lieux géographiques

Elle est le reflet des langues régionales qui se sont succédées ou ont coexisté (gaulois ou celte, latin, patois ou langue d’oc ou occitan), et à partir desquelles ont été nommés les lieux-dits, hameaux et villages

La majorité des noms de famille (patronymes) sont issus de noms de lieux (toponymes)

Dit autrement, toutes les dénominations de lieux, la plupart des noms, ont une signification, le plus souvent peu compréhensible si on ne remonte pas aux sources étymologiques …

Vous pourrez donc trouver, au fil de vos pérégrinations, des panneaux indicateurs sur lesquels vous pourrez lire des noms tels que ceux-là :

 

Besse, Bessade : Betua, betuo, lat betula, le bouleau; lieux-dits à Thalamy, St Jal, St Pardoux le Neuf, Aix

Bonnefond : de Fons : fontaine, donc bonne fontaine. Lieux-dits à Aix, Liginiac, Naves, Sarran, etc

Besson, de l’occitan bĕssou : jumeau (le Mont Bessou a un jumeau, le puy Pendu)

Borie : de l’occitan bòria, ferme isolée ou domaine agricole ou métairie. Lieux-dits à Seilhac, Vigeois, Espartignac, Serandon, Egletons, St Augustin

Bouige ou Bouyge : gaulois : Boiga ou bouyge : terre en jachère, friche; Lieux dit : La Bouige ou La Bouyge (Sornac, Latronche, Nespouls, Naves)

Breuil : Brogilo ou broilum, brogilum, occitan : bròlh : taillis ou petit bois clos (entouré de haies ou non); lieux-dits à Seilhac, Le Lonzac, Vigeois, Meymac, etc

Bruge, Brigouleix, Brugère : Bruco, brujo (patois), la bruyère,

Bussière : lieu planté de buis

Chassang, Chassagne, Chassagnite : le chêne, du gaulois Cassano, lat Cassanum; lieux-dits à St Exupéry, Lagraulière, St Rémy, Chaveroche, Soursac, Chamboulive, Vitrac, Brive

Coudert ou Couderc : de Cotericum, latin Codercum : petit pré, enclos proche de la maison, réservé aux porcs et volailles ou encore paturage communal. Lieux-dits à Chamboulive, Espagnac, Treignac

Fage, Faye, Fayolle, Faux : latin Fagus : le hêtre et fagetum, la hetraie, etc; lieux-dits à Liginiac, Merlines, Clergoux, St Exupéry, St Mexant, etc

Fraysse ou Fraisse : du latin Fraxinus, le frêne; lieux dits à Margerides, Argentat, Lamazière Haute, Margerides, Perpezac le Blanc

Gane ou La Ganne : Gāne ou Ganne, mot du patois, d’origine germanique (équivalent du latin vadum, gué); désigne un gué ou un (petit) ruisseau; Lieux dits à St Exupéry, Alleyrat, Ambrugeat, Egletons, Peyrelevade, etc

Jarrige : autre nom du chêne (à rapprocher de garrigue?); lieux-dits à Aix, Alleyrat, Masseret, Soudeilles, etc

Puy, Puech, Pouget, Poujade, Poux, Peuch (latin : podium) : monticule, hauteur; Suc (préceltique) : hauteur. Suc au may, Puy La Graule, Le puy du Suc (doublon) à St Rémy

Vergne, Vergnols mais aussi Les Vergnes ou Lavergne : du gaulois Vern, l’aulne; lieux-dits à Aix, Eygurande, St Clément, Cornil, Darnets, St Germain les Vergnes, etc

Vayssade, Vaissière, Lavessière .. de Vaissa (occitan) : le noisetier

 

Mon lieu-dit préféré, apparemment unique : abieuradou ou abiouradou (a bieure veut dire à boire en patois) : abreuvoir, lieu dit sur la commune de Courteix

 

 

Monuments aux morts

Monuments aux morts

LA GUERRE

À cette époque là (1955-1960), elle est encore bien présente dans les mémoires : la fin de la seconde guerre date juste de quelques années ; il ne faut pas oublier que la première guerre, celle de 1914 (qui faisait suite à celle de 1870 .. et était donc plutôt déjà la deuxième) n’est pas si vieille que ça puisqu’elle s’est terminée 35 à 40 ans auparavant. D’ailleurs, nombreuses sont les familles qui ont subi directement les deux conflits, juste espacés d’une génération. C’est le cas dans ma famille où le grand-père paternel a participé à la première guerre laissant sa jeune épouse seule avec ses deux tous petits enfants, et a été blessé et prisonnier en 1917-1918 ; et son propre fils – mon père – est, à son tour, mobilisé en 1939 (après avoir satisfait à ses obligations militaires au début des années 30 …). À cette époque encore, il en reste des traces dans les discussions, on ne parle jamais des Allemands, mais des Boches avec une pointe de mépris. Il faudra de Gaulle pour faire évoluer les choses dans le bon sens et arriver à la création d’un axe Franco-Allemand.

Le plan d’architecte et la réalisation du monument aux morts de la commune d’Aix

 

Une des faces du monument aux morts de la commune d’Aix

Une trace bien visible de ces conflits subsiste sous forme de monument aux morts, présent dans toutes les communes. Il suffit de regarder les longues liste de noms de soldats morts au combat, surtout durant la première guerre, pour comprendre que ces périodes furent traumatisantes : une hécatombe en 19141918, moins de morts durant la seconde guerre mais une autre forme d’oppression, puisque le pays est alors occupé. Cette occupation est sans doute assez discrète dans les campagnes de la Haute-Corrèze qui ne constituent pas un objectif stratégique pour l’occupant Allemand. Néanmoins, tout peut arriver, des actions de représailles sont toujours possibles comme à Oradour-sur-Glane ou à Tulle. Le pays vit donc dans l’inquiétude perpétuelle même s’il n’a été que peu affecté dans sa vie et son travail de tous les jours.

 

Pour en savoir plus :

On peut lire le prix Goncourt 2013, « Au revoir là-haut » de Pierre Lemaître sur le site Babelio