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Henri Queuille, ministre polyvalent des années 30

Henri Queuille, ministre polyvalent des années 30

Certainement considéré comme étant quasiment incontournable à ce poste, Henri Queuille est de nouveau chargé de l’Agriculture au début (et à la fin) des années 30.

La production agricole a eu raison de la pénurie de blés et le pays s’est même trouvé en situation de surproduction en 1932 et 1933. Il faut alors, à l’inverse de ce que fut entrepris dans les années 20, résorber les stocks … parmi les décisions prises en 1934 : la diminution de consommation de pain rassis et l’augmentation corrélative de celle du pain frais ! L’inverse donc de la position adoptée lors de la décennie précédente…

Ses capacités de négociateur étant alors bien établies et reconnues, on fait maintenant appel à lui pour d’autres postes ministériels, des postes techniques, du fait de son aptitude à appréhender des sujets de cet ordre : ministre de la Santé publique (ce qui se conçoit au vu de son passé de médecin), puis, plus surprenant, des Travaux Publics en 1937-1938 et même en charge du Ravitaillement en 1940. Accessoirement, il assumera quelques interims comme celui du ministre de l’Intérieur …

Nommé Ministre des Postes (PTT) pour un court intermède durant le second semestre de 1932, il règle, à son insu, un problème de bruit qui semble gêner ses concitoyens; mais les médias ne voient pas tous les choses sous le même angle :

 

Henri Queuille est, à ce moment-là de sa carrière, un ministre éprouvé, fort de son expérience.

Le Petit Parisien en dresse un portrait élogieux et prédit un avenir glorieux à cet homme intègre et intelligent, de surcroît proche de sa famille :

Après le pain, c’est la viande qui semble poser problème : que faire avec les bas morceaux ? Une solution est heureusement trouvée et ce sont les jeunes des collèges et lycées qui vont faire les frais de la décision ; Mais ne dit-on pas qu’il vaut mieux d’abord manger son pain noir ?

 

Ministre de la Santé et des Sports, il est astreint à certaines obligations comme celles qui consistent à suivre des évènements sportifs, que ce soit des compétitions d’escrime, des matchs de rugby, du hockey sur glace, sport encore confidentiel ou bien une rencontre de football aux côtés de M. Jules Rimet (fondateur du Red Star, président de la Fifa durant 33 ans, il a donné son nom à la coupe du monde) et qui voit l’Allemagne dominer ce jour-là l’équipe de France sur un score net : 3-1. Il fait montre d’un certain enthousiasme pour le rugby et n’hésite pas à faire part aux journalistes de ses commentaires éclairés.

Et bien sûr, il doit distribuer quelques décorations aux personnes les plus méritantes. Comment fait-il ses choix se demande un député ? Il « botte en touche » comme on dit mais en même temps sa réponse illustre sa philosophie personnelle : faire de son mieux

La France s’est doucement habituée à la paix. Et pourtant, la guerre se profile déjà à l’horizon. Ce n’est pas encore très net, mais l’Allemagne nazie a délivré quelques messages alarmants : dans les premiers mois de l’année 1935, 8 jours après que Goering eut relancé officiellement l’armée de l’air, Hitler transgresse le traité de Versailles en décidant de rétablir la conscription et de doter l’Allemagne d’une armée de 600 000 hommes, soit 36 divisions !

  Dans Le Figaro du 17 mars 1935, Wladimir d’Ormesson identifie clairement le danger : « À qui fera-t-on croire qu’une organisation militaire comme celle que l’Allemagne affiche aujourd’hui peut s’improviser en une nuit, voire en huit jours ? À qui fera-t-on croire que l’on fait sortir 36 divisions d’un tiroir ? ». Et plus loin : « Si l’on veut savoir où est la vérité, on n’a qu’à ouvrir Mein Kampf. Là se trouve l’explication de tout ce qui se passe…. Des naïfs auxquels l’expérience n’a rien appris.. se sont laissés prendre au «pacifisme» du Führer… »  

Douze mois plus tard, à quelques jours près, en violation des accords de Locarno, les troupes allemandes réoccupent la Rhénanie qui avait été démilitarisée au moment du traité de Versailles : c’est le début de l’expansion du Reich, le début de l’engrenage …

De nouveau, Wladimir d’Ormesson analyse parfaitement le sujet et souligne la duplicité évidente à ses yeux de Hitler, lequel s’assoit sans vergogne sur les accords de Locarno qui ouvraient pourtant la voie à une normalisation des relations entre l’Allemagne et ses voisins européens de l’ouest :

Malgré tout, les affaires intérieures occupent la plupart du temps le devant de la scène.

En 1937, à la demande du chef du gouvernement, Henri Queuille est chargé des négociations avec les compagnies privées qui se partagent le réseau ferré, afin d’aboutir à leur regroupement et la nationalisation (partielle puisque l’État n’est actionnaire qu’à hauteur de 51%) de l’ensemble, qui donne ce que nous connaissons sous le sigle SNCF. Son action semble appréciée par un peu toutes les parties …

En 1938 : il se montre toujours soucieux du bien être de ces exilés de la campagne qui, après des années de labeur dans les villes, espèrent revenir passer leurs vieux jours dans leurs campagnes natales.

Comme la preuve que la vie en ville ne serait guère supportable ?

Malgré les démarches des gouvernements Anglais et Français, la guerre tant redoutée est arrivée, 21 ans après la précédente.

Sous la main de fer des nazis, les Allemands revanchards et dominateurs prétendent construire ce Reich de 1000 ans promis par leur chancelier et asservir l’Europe, des Pyrénées jusqu’à l’Oural.

La France a mobilisé ses troupes le 1er septembre 1939. La Pologne a été absorbée en quelques semaines et la «drôle de guerre» s’est installée…

Que peut-on faire quand on est aux manettes sinon soutenir les militaires sans doute partis à reculons vers cette nouvelle boucherie ?

Ainsi commence une des périodes les plus sombres de l’histoire du pays. Même si beaucoup de journaux essayent de donner le change, la situation est grave et les mois de mai et juin 1940 vont voir se répéter ce qui s’est produit en Pologne en septembre 1939, la guerre-éclair, qui va submerger l’armée française sans coup férir.

Doit-on, malgré la situation dramatique, s’abstenir de toute sortie humoristique ?

La défaite devenue inéluctable, un armistice est signé le 22 juin 1940.

Un nouveau gouvernement aux pouvoirs étendus que lui a donné l’assemblée par un large vote – H. Queuille fait partie des abstentionnistes – va succéder au pouvoir en place et s’installer à Vichy avec, à sa tête le maréchal Pétain et Pierre Laval. C’est le début du « régime de Vichy » qui sonne la fin de la 3ème République.

Henri Queuille va abandonner toutes ses fonctions gouvernementales.

On pourrait voir dans cette répartie, à la fois ironique et désabusée, une simple sortie humoristique en même temps qu’une allusion au nouveau régime …

Henri Queuille va se retirer à Neuvic et il perdra au passage son titre de maire par décision du gouvernement de Vichy. Il va entamer une traversée du désert qui durera 3 ans.

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Sources : journaux d’époque sur le site Gallica