Christian Signol

Christian Signol

Christian Signol

Né dans le Lot, il a appartenu un temps à « l’École de Brive », ville dans laquelle il a vécu et travaillé.

Son ouvrage le plus connu est sa trilogie, La rivière Espérance, qui a fait l’objet d’une adaptation télévisée en 1995. Il a obtenu le prix des maisons de la Presse en 1997 pour Les vignes de sainte-Colombe

 

« Il y avait les jeudis, les vacances, mais il y avait surtout l’école, et d’abord le chemin de l’école …

Cette école était composée de deux bâtiments de même dimension accolés l’un à l’autre (le cours élémentaire et le cours moyen), le tout s’appuyant sur l’immeuble qui longeait la rue et abritait le logement des instituteurs. Deux cours rectangulaires étaient séparées par une murette .. où s’ébattaient d’un côté les filles, de l’autre les garçons, car il était d’usage d’établir une ségrégation devenue aujourd’hui heureusement caduque.

Là officiaient deux instituteurs magnifiques .. et dont le métier était une mission : alphabétiser toute une population rurale en lui apprenant également les rudiments de la morale, de la politesse et de la propreté. Que de revues d’ongles, d’oreilles, de cheveux, à l’entrée en classe !

La cour de récréation me paraissait immense alors qu’elle est minuscule. Il y avait un marronnier au milieu, qui servait aux plus faibles de refuge contre les vagues de « l’épervier », ce jeu qui consistait, pour trois ou quatre garçons aux mains réunies, à empêcher les autres de traverser la cour. Le préau, lui, avec sa corde à nœuds, appartenait à ceux qui préféraient les jeux plus paisibles. Il abritait également les « cabinets » à l’odeur de Crésyl, et un banc fait d’une poutre posée sur deux pierres.

Dès l’aube, je partais rejoindre mes grands-parents qui fanaient. Nous étions quatre alors, dans le matin où circulait encore la fraîcheur de la nuit… Munis de râteaux aux longues dents de bois, nous écartions le foin coupé la veille, pour qu’il sèche au soleil. Il y avait, me semblait-il, mille ans que l’école était finie… Nous avancions lentement, attentifs à bien écarter les andains jaunes et verts comme des ventres de tanches.

Je préfère les saisons « fortes » .. L’hiver c’était le froid, la neige, et le refuge clos de la maison à peine éclairée par la cheminée. C’est d’ailleurs l’une des premières images qui me revient à l’esprit : je suis derrière les carreaux et je regarde tomber de lourds flocons à l’approche de la nuit. Derrière moi, les flammes de la cheminée murmurent leur vague présence, chaude et rassurante, et m’incitent à ne plus bouger, à ne plus respirer, à écouter le silence d’étoupe qui a envahi le village, égratigné seulement par les pattes des moineaux dans la gouttière.

L’hiver parfois, s’éternisait et les beaux jours se faisaient attendre. Celui de 1956 a laissé une trace indélébile dans ma mémoire car le froid et la neige nous contraignirent à rester enfermés une semaine. Tout était figé, prisonnier du gel, même les branches du marronnier qui se trouvait devant la fenêtre, et qui resplendissaient comme un lustre. Par moins vingt degrés dehors, on entendait, la nuit, éclater le tronc des arbres. Le matin, c’était le silence qui me surprenait … « 

Extraits de Bonheurs d’enfance, 1996

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