Denis Tillinac

Denis Tillinac

Denis Tillinac, originaire d’Auriac

Un des fondateurs de l’école de Brive

Journaliste local (localier) à La Dépêche (propriété de la famille Baylet à la tête, à l’époque, du parti radical le MRG, une des composantes de l’Union de la Gauche), écrivain, soutien inconditionnel de Chirac. Il a écrit plusieurs ouvrages où il raconte cette rencontre avec le futur Président et la fascination qu’exerce sur lui le personnage :

 

« Sans la complicité de Belcour(1), Chirac n’aurait pas rencontré son destin. En tout cas pas celui d’un homme d’État. ..

Dès la prise inopinée de la circonscription [d’Ussel], en 1967, une amitié égalitaire, inconditionnelle, sans concession et sans nuage s’est tissée entre le deux hommes. ..

Belcour osait lui dire à l’occasion qu’il se plantait dans les grandes largeurs. Il avait beaucoup de dons, et les plus précieux, mais pas celui de la diplomatie. Jamais homme d’influence ne fut si peu courtisan. Quelle aubaine pour Chirac, dont l’entourage, par définition, grouillait de courtisans !

Le docteur Henri Belcour et Jacques Chirac

 

On ne résistait pas à Chirac. À telle enseigne que les dignitaires de la fédération socialiste corrézienne interdisaient à leurs élus d’assister à une cérémonie où sa présence était annoncée dans La Montagne. Quiconque lui serrait la main et se laissait piéger par un bref aparté n’était plus un opposant sûr. Ses partisans étaient euphorisés, ses adversaires médusés. J’avais sympathisé avec Bernard Coutaud(2), un jeune élu, maire et conseiller général en Haute Corrèze, assez représentatif de la nouvelle vague socialiste avec ses cols roulés et ses costumes en velours côtelé. Son parti le présentait contre Chirac aux législatives. Il critiquait son clientélisme, c’était son rôle. Mais en privé, il avouait son admiration pour Chirac, lequel l’avait en estime, et noyait ses offensives sous un flot d’éloges.

Peu à peu, mes réserves sont tombées, Chirac m’a séduit … à l’ombre d’un ténor, prospérèrent immanquablement des roitelets infréquentables. Les chiraquiens locaux n’étaient pas tous folichons; pour un Belcour ou une Annie Lhéritier(3), combien de raseurs et de solliciteurs.

Quand on lui demandait s’il se sentait de droite ou de gauche, il vous dévisageait avec la lourde apathie que Simenon prête à Maigret. Comme le commissaire au début d’une enquête, Chirac humait un climat, s’imprégnait d’une ambiance et obéissait à son intuition. Comme lui, il se méfiait des théories et n’empruntait aucune grille de lecture pour évaluer une situation.

On ne comprend rien à Chirac si on occulte ce trait essentiel de sa personnalité : il ne se situe nulle part sur la topologie des attachements politiques. Ni à droite, ni à gauche, ni au centre, encore moins aux extrêmes. Idéologiquement, il est neutre.« 

Extraits de : Le venin de la mélancolie, 2004

(1) Henri Belcour, médecin et maire d’Ussel, député suppléant de Jacques Chirac sur la circonscription de la Haute-Corrèze, puis sénateur

(2) Bernard Coutaud, maire de Peyrelevade, conseiller général du canton de Sornac de 1971 à 1982 (et accessoirement fut mon condisciple au début des années 60 au lycée d’Ussel)

(3) Annie Lhéritier fut notamment chef de cabinet de Jacques Chirac durant sa double présidence

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